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LES CONCLUSIONS DES CONGRES DE JEAN OUSSET

Congrès de 1970 : Patries, Nations, Etats

“Le temps n’est pas au relâchement.

Il n’est même pas aux doléances vaines, qu’elles soient verbales ou écrites.

C’est plus que jamais l’heure de l’action.

Or nous ne pensons pas que les exigences de cette action imposent de modifier en rien les méthodes, la stratégie que nous n’avons cessé de recommander.

Plus que jamais, loin des crispations grégaires, une action multiforme, par réseaux vivaces, compétents, harmonieusement implantés, bien adaptés aux nécessités locales, institutionnelles, psychologiques, plus que jamais une telle action, souple et infiltrante peut avoir quelque chance de sérieuse fécondité, utilisant tout au mieux et jusqu’aux ressources si souvent incomplètes qui s’offrent à chacun.

L’important est de tenir! Donc, tenez! L’important est de savoir utiliser les moindres ressources. Appliquez-vous, donc, à apprendre à les utiliser.

Je ne vous dis pas que c’est facile. Nous sommes quelques-uns ici, très bien placés et depuis assez longtemps, pour savoir que ça ne l’est pas. Facile ou non, l’important est de savoir que c’est là une obligation qu’on ne saurait récuser sans déchoir.

Et donc…

 … même si au coeur de vos cercles d’influence et d’action vos possibilités paraissent très réduites, même si vous vous sentez fort éloignés, comme nous tous, de la plénitude de cette unité spirituelle qui fut la grâce ineffable accordée aux nations chrétiennes de jadis… malgré tout… dites-vous bien… que c’est dans le sens de cette action que se trouve l’espoir d’une unité des esprits et des coeurs, assez harmonieuses, assez douce et pourtant assez rigoureuse pour que les incroyants eux-mêmes, autant que nous, puissent vivre libres, heureux et s’épanouïr, sans cesser d’être à l’ombre rédemptrice et très miséricordieuse de la Croix.”

Congrès de 1972 : Force et Violence

“Mais c’est à vous les jeunes que je voudrais adresser ces derniers mots (…).

En réalité c’est vous qui êtes la réserve de notre force.

Et cette force que vous êtes vous n’avez pas le droit de la gaspiller en aventures, en opérations douteuses, en expériences dont il serait pourtant faciles de savoir que ceux qui les ont tentées avant vous, ont toujours abouti à l’échec.

Les hommes de ma génération ont trop connu de ces expériences. Sera-t-il dit que nos maladresses, pour généreuses qu’elles aient pu être, ne vous serviront pas et que la cause de la vérité continuera à être aussi scandaleusement mal servie?

Vous n’avez pas le droit de perdre en vains essais tout ce que la Cité d’aujourd’hui est en droit d’attendre de votre jeunesse et que votre jeunesse a le devoir impérieux de lui apporter.

Vous le savez nous n’avons pas l’habitude, à l’Office, d’enregimenter, de régenter, d’incorporer unitairement.

Je ne pense donc pas que vous puissiez craindre que nous cherchions à mettre abusivement, comme on dit, le grappin sur vous. Notre ambition est de vous transmettre ce goût du style d’action dont nous venons de parler… Quels que puissent être par ailleurs vos engagements.

Autrement dit tout en reconnaissant et en fondant notre espoir sur votre jeunesse ce n’est pas une oeuvre de jeunesse que nous vous proposons.

Nous vous prenons beaucoup trop au sérieux pour cela.

C’est au renfort, sinon à la relève la plus sérieuse de ce que les adultes peuvent avoir de plus sage, de plus précieux que nous vous invitons.

Ce n’est surtout pas à l’édification d’une cité de jeunes. Ce qui serait aussi menteur que ridicule, attendu que la cité en question serait tout autre chose que la seule vraie cité des hommes : la Cité tout court. Cette Cité est non seulement la communauté des vivants mais des morts et des fils à naître.

Croyez-le! Nous avons à vous proposer bien autre chose que l’édification d’une colonie de vacances ou l’organisation d’un club méditerranée.

Nous avons à vous proposer de vrais rôles d’adultes à préparer sans attendre puis à occuper.

Votre sérieux, votre admirable et joyeuse tenue, votre assiduité aux travaux les plus austères… nous permettent…, que dis-je? nous poussent à oser vous demander cela.

Nous ne serons forts, nous ne pouvons être durablement forts qu’avec vous.

Les dix ou quinze dernières années que nos patries viennent de vivre ont vu s’accumuler trop de “casse” au spirituel comme au temporel. Pour relever ces ruines, nous, les adultes et plus qu’adultes, serions bien sots, serions bien vains si nous comptions le faire avant votre relève.

Et donc, à vues humaines, vous êtes l’espérance, et… dans l’intérêt même de votre propre avenir, nous n’avez pas le droit de nous décevoir.

Reste que la tâche est immense et qu’à certains jours de fatigue, sinon de découragement, il peut sembler vraissemblable d’avoir un certain droit de douter.

Ces tentations (vous le devinez) ne manqueront pas de vous secouer autant qu’elles nous secouent nous-mêmes.

Heureusement que Dieu est là, avec son infinie miséricorde et la force que cette miséricorde est toujours prête à nous offrir.

C’est pour cela que fidèle à la tradition des clôtures de nos congrès, je vous demande de supplier par le chant du credo CELUI “de qui tout bien procède”, pour qu’Il daigne nous accorder le don d’une force persévérante… voire le don de cette force qui puisse enfin donner la victoire à la gloire de son NOM, “sur la terre comme au ciel”.

Congrès 1976 : L’espérance Politique

“Et cependant… prenez bien garde d’écarter qui que ce soit, à priori, ou par esprit de système!!!

Soyez surtout d’inlassable sollicitude envers les humbles!! Ne les condamnez jamais à la légère ou trop vite, quelles que soient les énormités qu’ils peuvent sembler professer dès l’abord. Apprenez à les comprendre! Apprenez à leur parler. Non pour les approuver par principe, mais pour les amener patiemment et amoureusement à une vérité dont ils ont soif, sans s’en douter!

Sachez qu’il y a de leur côté des réserves d’énergie, des trésors de générosité stupéfiants. Et la Révolution le sait qui en connait la valeur mieux que nous. C’est au contact des humbles surtout que vous serez amenés à perfectionner, à humaniser vos formules d’approche, votre façon de mieux présenter le vrai; à vous former, surtout, plus intimement à la connaissance et à l’amour des êtres.

Non l’esprit de parti mais le patriotisme!! Et pour que ce patriotisme ne soit pas qu’un patriotisme de pur principe, strictement idéal, sans la connaissance et sans l’amour hautement personnalisés de cette vraie et non interchangeable patrie qui est la vôtre : soyez des passionnés de l’étude de son histoire!! Recherchez la jouissance quasi organique de se sentir (à vivre, à en souffrir, à en mourir) les fils, indignes certes mais non moins tributaires de cette vie nationale qui, du tréfonds des âges, VOUS a… NOUS a privilégiés!

Ne vous laissez jamais frôler par la désinvolture sadique des déshérités!! Vous ne l’êtes pas!! Sachez en comprendre le bonheur autant que les devoirs!!!

“Non le nationalisme étroit mais le sentiment européen et planétaire du véritable bien de tous les peuples”. C’est le “nationaliste” Maurras lui-même qui vous le crie!!!

Enfin!! enfin!!

Ayez l’intelligence, claire et sûre, des bienfaits humains de l’Eglise!! Quels que soient les scandales de son actuelle “auto-destruction”. Et donc, plus que jamais, même si ceux qui devraient le faire ne vous l’enseigne plus, gardez-vous d’oublier que “votre Foi a la raison pour elle”, comme l’a si bien dit Pie XII.

Gardez-vous d’appartenir à ce groupe de chrétiens qui sont, certes, capables de réciter et de commenter sans faute leur “question-de-cours” sur ces indissolubles rapports du naturel et du surnaturel qui sont l’être même du catholicisme… Mais chrétiens qui, après avoir bien dit ce qu’il importe de savoir bien dire en effet, n’en proposent pas moins des directives exclusivement naturalistes ou surnaturalistes. Les surnaturalistes, par leur caractère plus édifiant apparemment, excellent à multiplier leurs dupes parmi nous.

N’oubliez jamais que les pires hérésies ont commencé sous le couvert d’élans surnaturalistes exacerbés : exaltation de la seule foi, au mépris d’une nature et d’une raison que l’Eglise est à peu prés seule aujourd’hui à défendre contre la quasi totalité des systèmes philosophiques contemporains.

Et donc, rappelez-vous toujours ces versets de la Première Epitre de saint Jean contre quiconque “dissout Jésus-Christ” – “qui solvit Jesum”. L’admirable formule!

Car le Jésus que nous aimons et devons servir, est vrai Dieu autant qu’Il est vrai homme. Et non un vrai Dieu qui, pour se manifester à nous, aurait eu simplement recours au déguisement d’une “apparence” humaine.

Car c’est ainsi, qu’en Lui… d’ABORD et pour TOUJOURS, s’établit et se scelle l’indissoluble alliance du divin et de l’humain : l’indissoluble alliance de la foi et de la raison.

Quelle que soit, par conséquent, la générosité de votre ferveur religieuse, sachez n’oubliez jamais, mes très chers et jeunes amis, que vous ne serez vraiment catholiques que si vous savez aussi GARDER LES PIEDS PAR TERRE, enracinés comme des chênes dans le respect de ces lois d’un HUMAIN que le Souverain Seigneur de toutes choses a tenu à faire personnellement SIEN.

Oui! Vous ne serez vraiment catholique que si, au culte d’une foi VIVE dans le SURNATUREL vous joignez aussi, indissolublement, le culte de cette simple et bonne raison humaine! Laquelle recommande aussi bien le pieux respect des généreux élans du coeur, que la sévère précision des démarches de l’intelligence. Oui! la raison! Avec son amour de l’expérience et sa vénération de la leçon des faits. Avec son légitime souci des lois et des conditions spécifiques de cet ordre politique dont dépendent et la liberté de nos cités, et l’intérêt légitime de nos patries, et jusqu’à ces “humbles honneurs des maisons paternelles” dont Péguy a parlé.

De grâce! mes jeunes amis, et pour le salut même de cette cité politique où vous allez vivre… ne “dissolvez pas Jésus-Christ”.

Tout au contraire

 … chaque fois qu’il vous sera donné d’entendre, après les bénédictions du Saint-Sacrement, les invocations rituelles, mobilisez toutes les puissances de votre coeur, faites appel aux possibilités les plus enthousiastes de votre compréhension intellectuelle, pour que vous pigiez pleinement et réagissiez à fond, quand on vous proposera de répéter celle-ci :

“Béni soit Jésus-Christ!!!

“Vrai Dieu ET vrai homme.”

Semper Idem!!!”

Congrès 1977 : La tentation socialiste

“Car, prenez y garde, il peut y avoir un certain risque à concevoir, à penser, à pratiquer notre sainte religion, à concevoir, à penser, à servir la CITE CATHOLIQUE en simili-idéologues. je veux dire : en perdant plus ou moins le sens de ce CONCRET qui constitue, fondamentalement, la Cité et l’Eglise. en ne sachant plus considérer que leur formulation doctrinale… mais en oubliant trop les lois de santé de leur être concret. En oubliant que l’Eglise n’est pas qu’une université du Vrai, mais un “corps”. Le “CORPS MYSTIQUE” du Christ! Et qu’Elle est (selon un autre passage de la lettre de Bossuet, cité tout à l’heure)… “Jésus-Christ répandu et communqiué. Jésus homme parfait. Jésus-Christ dans sa plénitude.”

C’est cette Eglise, dans son être concret, vivant, dans sa constitution canonique, tout à la fois divine et humaine, qui EST, et qui doit être notre religion en tant que telle. Ne l’oubliez jamais! C’est le meilleur et le plus sûr moyen d’être vacciné contre toute tentation idéologisante, socialiste ou non!

Ce qui m’amène à l’obligation traditionnelle d’insister pour que vous ne repartiez pas sans avoir pris de résolutions!

Croyez-moi, le temps n’est plus aux doléances ! pour légitime qu’en pusise être l’objet !

Par notre insouciance, par notre paresse, par notre égoïsme, pas nos absentéismes, n’avons-nous pas contribué à l’aggravation de ce contre quoi nous pestons aujourd’hui ?

Et donc, au terme de ces trois jours, êtes-vous décidés à bien AGIR ? Non en battant de l’air, comme disait saint Paul! Non d’une façon caractérielle, toute impulsive! Non dans le désordre d’opérations mal concertées! Mais froidement, bien que résolument. Selon les vraies exigences pratiques du CONCRET immédiat.

Plus que jamais un jeu d’actions multiformes et complémentaires, par réseaux vivaces harmonieusement implantés, bien adaptés aux réalités locales… peut avoir une chance de vrai succès. Je ne vous dis pas que ce sera facile. Je suis, avec un certain nombre ici, bien placé, depuis logntemps, pour dire que ça ne l’est certainement pas.

Reste que, difficile ou non, c’est là qu’est le devoir, c’est là qu’est le salut… Salut de la Cité dont vous êtes membres! Et de votre propre salut!

Donc, même si nos possibilités sont réduites, même si vous vous sentez seuls, ou trop peu nombreux, dans votre coin, au créneau que vous a fixé la Providence, soyez persuadés que c’est, malgré tout, dans le sens de cette action bien pensée, bien ordonnée, que se trouve non seulement l’espoir d’un monde qui ne soit pas une jungle, d’une cité qui ne soit pas qu’un repère de sectes ou de partis, mais d’une CITE CATHOLIQUE véritable.

Une CITE qui sera votre honneur!

Une cité qui sera l’honneur de ce CONCRET sauveur de l’ordre humain tout entier!

Une cité pour l’honneur du Dieu fait Homme!

Semper Idem!”

Congrès de Versailles 1985 : La guerre culturelle

“Notre action culturelle, donc, loin de se vouloir bassement insidieuse ou matraquante, doit être apologétique, au sens le plus noble du mot. Au sens du Père Lacordaire, quand il prétendait qu’elle est ce style d’approche, cette façon d’aborder où l’on rassemble, où l’on mobilise “toutes les grandeurs, toutes les beautés de l’histoire et de la culture pour proposer les vérités du christianisme aux esprits et y engendrer la foi!”

Rien dès lors, d’une action culturelle hypnotisante, “somnanbulisante”, bassement déterminante, comme l’est celle qui nous est opposée aujourd’hui.

Action apologétique, parce que l’apologétique est ce par quoi on parvient à rendre la vérité plus accessible; ce par quoi on s’acharne à faire non seulement connaître le bien, mais, plus encore à le faire aimer.

Or, quel plus sûr moyen de faire aimer quelqu’un ou quelque chose, sinon d’en faire mieux saisir la beauté. Comme l’a prouvé cette période, qu’avec Tertullien nous évoquions à l’instant, quel nom lui est donné, en effet, dans les histoires de l’Eglise? “L’Ere des Apologistes”. C’est-à-dire de ces admirables, ces courageux penseurs, écrivains, qui, défiant leur mort sous la dent des fauves, s’efforcèrent de faire comprendre à leurs frères païens, l’harmonieuse sagesse, la magnificence spirituelle, l’ineffable beauté de la “bonne nouvelle du Sauveur Jésus-Christ”.

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