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Jean-Ousset-300x248L’Action, p. 115 à 118. Se procurer l’ouvrage.

Deuxième Partie : Les hommes

  « S’il y avait eu à Petrograd, en 1917, seulement quelques milliers d’hommes sachant bien ce qu’il voulaient, jamais nous n’aurions pu prendre le pouvoir en Russie ». Lénine

 

Chapitre V : Action sur les « masses »

 

 Au moment où des français se lèvent pour défendre la dignité de toutes les personnes et de toute la personne, en particulier des plus fragiles, que faire pour une action durable ? Ce livre est un maître livre pour bien penser l’action en fonction du but poursuivi. Tout homme ou femme d’action le lira avec profit pour inspirer son engagement. Jean Ousset est le premier en effet à avoir méthodiquement formalisé une doctrine de l’action culturelle, politique et sociale à la lumière de l’enseignement de l’Eglise pour, concrètement répondre au mal par le bien. Action de personne à personne et actions multiformes en réseau, ses intuitions sont mises en œuvre magnifiquement dans l’utilisation d’internet. A l’encontre des pratiques révolutionnaires et de la dialectique partisane, si l’amitié est le but de la politique, Jean Ousset nous montre comment pour agir en responsable, l’amitié en est aussi le chemin.

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Nous avons insisté jusqu’ici sur l’importance de l’action personnelle, de l’action par les réseaux.

Reste à dire que si ces derniers constituent l’ossature de la société, s’ils ont…, (s’ils peuvent avoir) une influence considérable sur « l’opinion publique », il serait abusif de les présenter comme suffisant à la fixer.

Celle-là est à ce point mobile qu’elle peut, sous le coup d’un événement, d’une campagne subite, échapper à l’influence, profonde mais toujours un peu lente, des réseaux.

Grande serait donc l’erreur de celui qui estimerait inutile l’action sur l’opinion sous prétexte qu’une action par réseaux est organisée par ailleurs.

Car une poignée de gens habiles, résolus et sans scrupules peut profiter d’un sursaut ou d’un abattement de l’opinion pour s’emparer du pouvoir et s’y maintenir par la force et la terreur. Méthode typiquement révolutionnaire[1].

Obligation par conséquent, de ne pas abandonner l’opinion aux seules influences de la Subversion. Nécessité de recourir à une action plus large, plus générale que l’action par les réseaux.

D’où le recours aux moyens impliqués par cette action plus large : publications à plus grand tirage, magazines, illustrés, rassemblements, congrès et, s’il est possible, radio, télévision, etc.

Le malheur est que ces moyens supposent des ressources énormes, voire des possibilités monopolisées le plus souvent par l’Etat totalitaire.

Ce qui explique les procédés auxquels, pour atteindre l’opinion mondiale, la Révolution ne craint pas de recourir quand les moyens plus adaptés restent hors de sa portée (enlèvement par Fidel Castro d’un champion célèbre, etc.).

D’où le fort et le faible de ce mode d’action.

Fort en ce qu’il suit l’actualité, le fait quotidien. Fort en ce qu’il utilise, à l’instant même, l’émotion suscitée, les passions surexcitées. Force extrêmement forte, quantitativement ; parce que fondée sur ce qui est connu de tous.

D’où son faible.

Car sans cadres sûrs, tout demeure fragile.

Faiblesse de l’action qui ne repose que sur l’exploitation immédiate de l’événement.

Action pleine de vivacité. Facilement grisante.

Mais action difficilement constante. Fugace et capricieuse comme les faits dont elle se nourrit. Aujourd’hui proclamation d’une victoire. Demain annonce d’une déroute. Succès qui aujourd’hui porte au pouvoir ; demain désastre qui conduit à l’exil ou à l’échafaud.

Danger donc… et faiblesse, de ce genre d’action, s’il est seul employé.

« Incontinuité ». Inconstance. Non rigoureuse « progressivité ».

Action lourde, absorbante. Difficile à contenir, tendant par nature à l’excès, à l’effet publicitaire.

Un simple échec, un climat de découragement, peut tourner en panique irréparable ; le succès d’un jour pousser à l’insolence d’une fausse sécurité grossièrement impolitique.

Au total, donc, rien n’est plus faible que cette action si forte… tant qu’une action par réseaux, tant qu’une action de cadres n’en compense pas les déficiences, n’en assure pas les relances, n’en règle pas la permanence.

Seule une cause qui possède des cadres sûrs peut espérer triompher de façon durable.

Qu’un événement plus ou moins tumultueux vienne à chasser du pouvoir tel système ou parti, s’il n’y a dans ledit événement que l’impulsion grégaire d’une spontanéité populaire, pour pur et juste qu’en soit l’élan, il n’empêchera pas les gens du parti et du système de reprendre promptement les rênes, s’ils sont vraiment les seuls à posséder des cadres.

Tels événements sont encore assez proches de nous pour qu’on n’ait pas à préciser davantage en les donnant en exemple.

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Exemple de l’Eglise

Pour conclure cette partie sur « les hommes », ne suffit-il pas d’observer quelle fut l’action de l’Eglise pendant des siècles.

  • Mille congrégations, ordres, tiers-ordres, séminaires, noviciats, couvents, œuvres, maisons de retraites, ne réunissent-ils pas pour un travail profond, les fidèles les plus divers ? Selon leur vocation, leur âge, leur état, leurs préférences, leurs affinités. Prière, mortification, étude, actes de miséricorde spirituelle ou corporelle, apostolat sous toutes ses formes, entraide… quelle variété d’action par réseaux !
  • Mais simultanément, quelle admirable intelligence de l’action de masse. Cérémonies dominicales, culte liturgique, processions, pèlerinages, congrès eucharistiques, jusqu’à l’enseignement populaire que dispense la décoration de nos cathédrales, quelle force et quelle sagesse dans cet ordre de l’action la plus large et des plus justes vulgarisations[2].

Et l’Eglise ne s’en tient pas là.

  • Si elle a le sens de l’action par et sur les réseaux, si elle a le sens de l’action de masse, elle a aussi le sens de l’action individuelle. D’où ces audaces qu’une sagesse exclusivement naturelle pourrait qualifier d’insensées. Un saint François Xavier, envoyé quasi seul, pour évangéliser l’Extrême-Orient. Un saint Louis-Marie de Montfort responsable de notre chrétienté de l’ouest. Un saint François de Sales convertissant le Chablais…

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[1] On peut voir à ce trait combien sont différentes par essence l’action subversive et la saine action politique. La Révolution peut se dispenser, à la limite, d’un travail de lente préparation – ce qu’elle évite pourtant car elle peut se contenter d’organiser des « coups » bien montés. Cela pour la raison qu’une fois au pouvoir elle ne craint pas, pour s’y maintenir, de terroriser l’opinion. Tout au contraire et dans la mesure où ces procédés nous sont interdits comme opposés au bien public, l’action politique et sociale chrétienne ne peut jamais se dispenser d’une préparation sérieuse, profonde et lente. Ce qui ne veut pas dire qu’on n’y puisse profiter de l’événement.

[2] « Vulgarisation » : Le mot est devenu péjoratif. Le devoir n’est-il pas évident cependant de mettre à la portée des plus humbles les plus hautes vérités. Sans les caricaturer, bien sûr ! Qu’a fait l’Eglise en ses divers « symboles » ? Que fait-elle dans le catéchisme ?… si ce n’est de mettre en formules simples, élémentaires, la vérité de mystères que l’éternité ne suffira pas à découvrir. Et quant au Syllabus, est-il possible de concevoir une plus rigoureuse et vengeresse schématisation des erreurs modernes ?

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