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Le travail à la fois apologétique et méthodologique que nous résumons sous le terme générique d’action culturelle, et au service duquel ont été élaborés systématiquement depuis plus de trente ans maintenant à la fois des méthodes et des instruments de travail, n’est ni nouveau ni facultatif dans l’oeuvre de renaissance chrétienne fondée par Jean Ousset.

Cette « action culturelle » représente en fait à la fois l’esprit et le cœur de notre travail. Elle correspond de surcroît à la grande tradition de l’enseignement évangélique : vous jugerez l’arbre à ses fruits !

Avec de plus en plus d’insistance, et tout particulièrement depuis les Journées Mondiales de la Jeunesse à Paris, en août 1997, Jean-Paul Il a invité tous les chrétiens, et tout spécialement les jeunes, à reconstruire pour le troisième millénaire de l’Incarnation de notre foi, la Civilisation de l’amour.

A christian way of life

Cette civilisation de l’amour n’est pas une utopie. Elle n’est pas non plus le fruit d’une construction intellectuelle a priori. Ainsi que se plaisait à le rappeler Jean Ousset, l’on chercherait en vain dans les Evangiles une construction philosophique ou une théorie intellectuelle. L’Evangile n’est pas une élaboration métaphysique, et à plus forte raison une construction politique. il est une bonne nouvelle.

Le christianisme évangélisateur, le christianisme conquérant, le christianisme qui a séduit et baptisé l’Occident n’était pas une construction intellectuelle même parachevée par l’Esprit-Saint. Il était, et peut être encore demain une histoire. L’Histoire par excellence. La grande histoire du salut.

La « civilisation de l’amour » a déjà inspiré un certain nombre d’institutions sociales, économiques, culturelles, politiques. La grande aventure de ces générations de baptisés qui cherchèrent simplement à appliquer dans leur vie de tous les jours les préceptes évangéliques. Et cela à tous les niveaux et dans toutes les activités de la société. Il est significatif et riche d’enseignements de se souvenir que le testament « politique » de saint Louis à son fils à qui il léguait le royaume de France tenait en ce simple précepte, dont tout dépendait mais qui n’avait rien d’une construction intellectuelle ou d’une théorie politique : « Beau fils, mets tout ton coeur à aimer Dieu ».

La « civilisation de l’amour » a déjà inspiré des sociétés avec leurs défauts, leurs imperfections, leurs besoins de réformes constantes, parce qu’elle a été, comme elle sera demain, construite par des hommes et vécue par des hommes, donc par des êtres imparfaits. Mais les défauts de ces incarnations sociales des principes de l’Evangile tenaient aux hommes qui les animaient et non aux principes qui les sous-tendaient.

Bien que la cité catholique idéale n’ait jamais existé, et qu’elle n’existera jamais ici-bas car rien n’est parfait en notre monde, il a existé un « christian way of life ». Il a existé des nations chrétiennes, dont la France est l’aînée. Et cette expérience historique est fort riche de trésors accumulés et d’expériences ; elle est surtout infiniment aimable.

C’est l’évidence de cette constatation qui a poussé Jean Ousset à fonder une œuvre dont la raison d’être essentielle était de faire aimer l’espérance de cette chrétienté dont nous sommes issus et d’y puiser le style d’action permettant d’en refaire une autre.
Il s’agissait par là de donner un tour d’esprit positif à une action de laïcs catholiques qui depuis la révolution de 1789 faisait surtout du « contre ». On était contre la philosophie des Lumières, contre les idées de 89, contre le libéralisme philosophique, contre la démocratie libérale, contre le socialisme, contre le marxisme, contre le surréalisme, etc… Et depuis, nous pourrions ajouter contre les idées de mai 68, contre la libération des mœurs, contre la porno…

Et même si ces réactions de rejet peuvent apparaître comme fort justifiées, ces détestations ne doivent être que la conséquence de notre amour de la vérité, de la liberté, de la Beauté, des beautés engendrées par une société authentiquement chrétienne.

La conquête des cœurs

Il faut se lancer dans l’action non par haine de ses adversaires, aussi nuisibles soient-ils, mais par amour de tout l’homme et de tous les hommes, et des trésors d’universelle beauté que la civilisation de l’amour a engendrés.

Cette volonté dynamique et positive de reconquête des cœurs et des intelligences par l’amour que ne peut manquer de susciter la contemplation des œuvres engendrées par la civilisation chrétienne était au tout départ de l’oeuvre entreprise par Jean Ousset.
Dans le numéro 38-39-40 du bulletin Verbe, en date de juin-juillet-août 1951, on pouvait déjà lire, dans une étude sur le « Beau », ces propos sans équivoque : «Notre ambition est de former des hommes ayant vraiment le sens catholique, partant, le sens de l’universel. (…) Au train où vont les choses, nous croyons fermement que la pleine et éblouissante synthèse catholique pourra seule rendre courage et fermeté à un monde dégoûté des expédients et des « rogatons » de doctrine. Or, comme nous l’allons voir tout au long de cette étude, le problème du beau voisine de très près avec les problèmes fondamentaux du réel».

C’est dans cette optique qu’à côté de la formation doctrinale et de la formation à l’action, Jean Ousset avait envisagé de constituer une « série historique » qui aurait présenté le double avantage de dégager les leçons concrètes pour l’action issues de l’expérience de l’Histoire et de montrer dans les faits les beautés et les bienfaits de notre civilisation chrétienne.
L’accélération de l’action révolutionnaire dans le monde, et plus particulièrement dans notre pays, accentua la justesse et surtout le besoin de cette intuition de départ.

La machine subversive changeant progressivement son mode de fonctionnement, cette « action culturelle »1, que Jean Ousset avait envisagée au départ comme une volonté d’action positive et un certain état d’esprit de conquête de ses contemporains, allait bientôt correspondre aussi et surtout à une adaptation à la nature du terrain sur lequel nous étions désormais obligés de nous battre.

La révolution de mai 68

Avec les événements de mai 68, le phénomène révolutionnaire change résolument de peau.

Depuis pratiquement une centaine d’années, le marxisme-léninisme, avait fait de la dynamique révolutionnaire dialectique à la fois le moteur et le sens de l’histoire des hommes. Selon Marx, toute l’histoire de l’humanité se résumerait à l’histoire de la lutte des classes. Les classes dominées luttant, souvent pendant des siècles, pour renverser la classe dominante et devenant à leur tour la classe des oppresseurs qu’une nouvelle catégorie d’opprimés allait de nouveau mettre des siècles à renverser. Et ainsi de suite, dans le sang et la haine, depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours…

Le malheur a voulu, pour les tenants de la dialectique marxiste, qu’avec la prospérité économique généralisée des années 55-70, la classe ouvrière, les « damnés de la terre », les prolétaires soient devenus de « petits bourgeois », une sorte de classe moyenne sans revendications ni aspirations révolutionnaires. Dans les années 1960, la lutte des classes, moteur premier de la subversion marxiste, s’essouffle. Le moteur risquait de caler.

En marge d’abord, puis d’une manière prépondérante, à côté de la subversion continuant à systématiser ou à recréer des conflits sociaux dialectiques, va apparaître progressivement, et avec une vague déferlante en mai 68, une nouvelle forme de subversion… par la culture et les mœurs.

La société dite « bourgeoise », entendez par là, la société naturelle, traditionnelle, conforme à la nature humaine, se trouve contestée non plus par la proposition d’un autre ordre politique et social qu’il s’agit de lui substituer, mais par la pratique d’une autre façon de vivre. La subversion ne prétend plus proposer un ordre nouveau plus juste, elle se propose d' »installer » un désordre sensé permettre à chacun de vivre comme il l’entend.
On touche ici à une forme radicale de subversion qui développe les ultimes conséquences de la négation d’un ordre naturel indépendant de la volonté de l’homme.

La liberté n’est plus conçue comme la possibilité d’échapper à un pouvoir politique et social oppressif, mais comme le rejet de l’ordre même du monde, le refus intellectuel qu’il puisse exister un ordre du monde indépendant de la volonté non plus de l’homme en général, mais de chaque individu en particulier. C’est, dans le cadre d’une société d’abondance, l’arrivée au pouvoir dans les esprits et les comportements de la liberté libertaire ne souffrant plus aucune limite ni contrainte.

Conception éminemment révolutionnaire, même dans l’optique de la praxis marxiste, qui par cette démarche entend transformer la nature de l’homme sans même le lui dire, car reposant sur cette évidence qui veut que lorsque vous ne vivez pas comme vous pensez, vous finirez un jour ou l’autre par penser comme vous vivez. Et dans ce cas précis par adhérer à une conception sociale qui refuse toute contrainte et toute référence même morale.

On comprend aisément que la société « libérale » de la seconde moitié du XXe siècle, dont les préceptes philosophiques peuvent se résumer dans la pauvreté de la maxime de Pirandello «à chacun sa vérité», et qui considère que toute vérité sort des urnes et non de la conformité au réel, était incapable de résister, dans les principes comme dans les faits, à l’arrivée, et aux conséquences, de cette nouvelle forme de subversion.

Dans cette nouvelle optique, chacun fait donc ce qu’il veut et vit comme il l’entend, la société n’étant chargée que de réglementer les choses afin que la liberté absolue de l’un ne gêne pas la liberté absolue de l’autre.

On voit immédiatement l’impossibilité de bonne marche de ce système qui débouche sur une sorte de loi de la jungle où la raison du plus fort est toujours la meilleure et se substitue à l’application du droit et au respect de la morale.

Elle entraîne très rapidement un déracinement de l’homme qui ne sait plus ni à quelle vérité, ni à quel ordre se raccrocher.
Et de fait, pratiquement, quotidiennement, nous vivons dans le plus total subjectivisme où les réactions psychologiques l’emportent sur l’analyse rationnelle appuyée sur le constat des faits. Au « j’ai constaté que… » sur lequel s’est construite la société dite traditionnelle, se substitue aujourd’hui le ‘je pense que » et surtout le « c’est comme cela que je le sens », démarche éminemment a-sociale, qui fait voler en éclat tout référentiel commun, la volonté de vivre ensemble, aux mêmes rythmes et selon les mêmes valeurs, qui sont les caractéristiques à la fois essentielles et historiques de toute société humaine digne de ce nom.

Le surréalisme

L’art étant comme un reflet de la société qui l’a produit, cette « révolution culturelle » a tout naturellement trouvé un relai dans les créations et les œuvres des théoriciens du surréalisme.
Pour ces derniers, la réalité objective n’est qu’une illusion. Ce qui existe vraiment, c’est le monde tel qu’on l’imagine, tel qu’on le rêve, tel qu’on le fantasme, tel qu’on le construit. Le sujet de l’art cesse d’être la belle représentation de la vérité du monde ou de l’homme, pour devenir celle des rêves ou des délires de l’artiste.

Comme il n’y a rien de plus incommunicable que l’univers fantasmagorique qui peut habiter chacun d’entre nous, l’art devient une arme de provocation et cesse de réunir les hommes dans une commune contemplation pour renvoyer chacun face à ses propres fantasmes.

Cette démarche n’a d’abord concerné que les seuls artistes et érudits ; mais elle a rapidement fait tâche d’huile, donnant l’impression, fausse, de renouveler les sources d’inspiration artistiques. Elle a, dans les faits et les esprits, coupé l’art de son mobile essentiel : la belle représentation de la vérité de ce qui est, pour l’emprisonner dans les ténèbres des délires individuels, abscons et incommunicables. Délires d’un art aujourd’hui « officiel » qui séduit les « gogos » et attire les « bobos » désireux de faire de l’argent.

Pour les surréalistes, l’objet de l’art devient l’artiste lui-même dans l’expression du cloaque de ses fantasmes.
On comprend aisément le rôle essentiellement subversif et a-social de cette théorie qui va largement contribuer à déstabiliser l’homme de la rue en le persuadant que son amour spontané des « belles choses » « bien fichues » est radicalement contraire à la démarche artistique.

Le rôle de l’Etat

Ce phénomène de la subversion par la culture et les mœurs est caractéristique de l’ensemble de nos sociétés occidentales, post-chrétiennes. Mais il est particulièrement visible et efficient en France où l’Etat lui-même se fait le véhicule de cette transformation radicale de l’homme en vue d’instaurer une société nouvelle organisée sans référence à Dieu.
Et cela par l’entremise de deux vecteurs principaux qui, dans notre pays, sont entre les mains de l’Etat : l’enseignement et la culture.

D’abord par le biais de l’enseignement

La France est le seul pays au monde, à l’exception de la Chine et de Cuba, à posséder un Ministère de l’Education Nationale dont la volonté affichée est de se substituer aux parents pour façonner la mentalité, les mœurs et la personnalité culturelle des futurs citoyens français.

Cette mise en condition officielle des esprits et des cœurs de nos enfants, ce « culturellement correct » diffusé obligatoirement par l’Etat français se fait par le truchement de trois facteurs principaux :

1 – La marxisation de l’enseignement de l’Histoire, et principalement de l’histoire de France, donnant à croire aux élèves que le passé de leur pays n’est constitué que de plages de sang, de luttes de classe issues d’injustices criantes et de la haine des Français pour les Français.

A cette marxisation de l’enseignement de l’histoire qui perdure, s’est ajouté progressivement la quasi suppression de l’enseignement de l’Histoire, devenue dans les classes supérieures matière à option, et qui donne l’impression aux jeunes Français qu’ils n’ont pas de passé ou qu’ils sont issus d’un passé honteux.

2 – L’accumulation d’une masse de connaissances disparates, souvent inutiles, à la place d’un ordonnancement de celles-ci. Les élèves des lycées et collèges, et même les étudiants de France, réalisent ce prodige aberrant d’être à la fois surchargés de travail, encombrés de connaissances, souvent d’une précision déconcertante et… de ne rien savoir ou presque !

Il leur manque, parce qu’il ne leur est volontairement pas donné, ce lien qui existe entre les choses, issu de l’étude de l’ordre du monde, et qui structure l’esprit des hommes. «La culture c’est ce qui reste lorsque l’on a tout oublié». Cette maxime en forme de boutade résumait fort bien ce qui faisait la différence entre l’homme cultivé qui peut juger de tout parce qu’il a assimilé l’esprit des choses et les relations qu’elles ont entre elles, et celui dont les connaissances, fussent-elles nombreuses, ressemblent plus au bric à brac de nos caves ou de nos greniers qu’à une structure intellectuelle.

3 – Le primat des études techniques, scientifiques, mathématiques, informatiques, linguistiques… sur les sciences humaines qui peut contribuer à former un tour d’esprit abstrait.

L’honnête homme du XVllè siècle, qui savait ce qu’il fallait savoir de toutes choses pour les relier entre elles et relier l’homme au monde et à Dieu, a fait place, par le truchement d’un enseignement matérialiste, à un homme saturé de connaissances techniques sans cesse à compléter, mais qui ne sait ni d’où il vient ni où il va.

Mais l’Etat français, dans sa volonté de façonner l’esprit de ses citoyens possède une seconde corde à son arc : la culture.

Ensuite par le biais des arts

Car nous avons aussi un Ministère de la Culture ! L’Etat français, depuis François 1er, a toujours été mécène. Reste que de nos jours l’Etat outrepasse très largement ce rôle ; il ne s’agit plus d’encourager tels ou tels talents dont la valeur enrichira le patrimoine national.

Il s’agit, par le biais de subventions considérables d’opérer un tri dans le patrimoine et dans les talents contemporains de façon à donner une orientation idéologique à la production artistique.
L’Etat favorise, impose, entretient, exclusivement, ceux des artistes contemporains dont le travail repose sur le bizarre, l’absurde, le paradoxal, le rêve. Il entretient, à nos frais, toute un coterie de pseudo « artistes » qui font le goût du jour et dont sont exclus d’authentiques créateurs dans la lignée de la grande tradition française.

Ainsi le Ministère de la Culture soutient-il fastueusement un Buren avec ses colonnes qui brisent l’harmonie du Palais Royal, mais ignore délibérément un Jean Fréour dont les sculptures, issues directement de la tradition artistique française, exaltent la beauté de l’âme et du corps humain.
Il faut bien comprendre que rien n’est neutre, et surtout pas ce qui touche au domaine artistique. Ou bien l’Etat, dont la fonction essentielle est de maintenir la nation dans son être particulier, original, et de lui permettre de progresser et d’enrichir sa personnalité, favorise les artistes dont la création exalte la beauté du « nous commun », ou bien il soutient exclusivement ceux des « créateurs » dont les œuvres altèrent et disqualifient les valeurs nationales et humaines. Ce qui est le cas actuellement.

Les médias

Dans ce faisceau convergent de forces tendant à dissoudre la France, à la fois en tant que nation et en tant que fille de l’Eglise, il ne faut surtout pas oublier le rôle considérable joué par cet authentique quatrième pouvoir que représentent les médias.
L’utilisation idéologique par l’Etat, en France, des chaînes nationales n’est plus à démontrer. Pas plus que la très nette et quasi exclusive coloration politique de la presse radio et télédiffusée. Renouvelée pratiquement par seule cooptation, une très peu nombreuse coterie de journalistes exerce un quasi monopole sur l’information, se présentant comme les grands prêtres de la moralité publique, distribuant les bons points de « vertu civique et républicaine » et faisant trembler devant leurs oukases les hommes politiques et les représentants élus de la nation.
Ainsi radios et surtout télévisions fabriquent-elles artificiellement une opinion superficielle.

Mais en dehors de ce monopole idéologique exercé par les tenants du pouvoir médiatique, le fonctionnement même des médias joue, comme à son insu, le même rôle de déstabilisation des esprits.
L’avalanche et la succession rapides d’informations touchant tous les domaines et d’images souvent violentes et en cascade nous obligent à réagir dans l’instant sans réflexion et surtout très souvent sans compétence.

Or l’homme n’est pas fait pour tout savoir de tout et dans l’instant. La connaissance quotidiennement renouvelée, images à l’appui, des catastrophes qui se renouvellent à travers le monde et sur lesquelles nous n’avons strictement aucun pouvoir d’intervention, nous donne, distillé au compte-gouttes, un immense sentiment d’impuissance sur tout ce qui touche aux affaires publiques.

N’était-ce pas Talleyrand, avec le cynisme que nous lui connaissons, qui affirmait avec ironie que la politique est l’art d’informer les gens de ce qui ne les regarde pas afin de les empêcher de se mêler de ce qui les concerne ?

Le fonctionnement même des médias semble, un siècle et demi après, confirmer ce jugement. Il s’ensuit, pour chacun d’entre nous, une confusion dans les émotions et une déstabilisation des esprits qui conduisent à un sentiment de dérision sur l’homme lui-même.
D’où, pour échapper à cette angoisse de l’être, la nécessité de vivre dans l’instant présent et de prendre du bon temps. C’est ainsi que les médias, dans un second temps, nous distillent un hédonisme sans bornes et de nouvelles versions des jeux du cirque.

Voilà brossées les caractéristiques de cette subversion culturelle aujourd’hui omniprésente. Elle se traduit dans la vie sociale par le « déracinement », l’indifférence morale et le doute intellectuel.
Autrement dit par une société éclatée, une désespérance généralisée et une soif de jouissance immédiate et matérielle.

Que faire ?

On le comprend aisément, dans ces conditions de psychologisation extrême des réactions de nos contemporains, il devient impossible de remédier au mal que nous venons de constater par la seule affirmation d’une vérité doctrinale. Au moins dans un premier temps.

Lorsque vous voulez aider, réconforter quelqu’un qui a froid, vous ne le faites pas en lui tenant un discours sur le chaud. Vous le couvrez, vous allumez un feu, vous lui donnez du café. Ce n’est qu’ensuite que vous lui faites remarquer qu’il aurait pu mieux se couvrir, fermer ses fenêtres et mieux chauffer son appartement !

Il en va de même si nous voulons lutter contre la marée de la subversion des mentalités et des mœurs qui aujourd’hui recouvre tout. Nous avons à « réchauffer » nos contemporains déracinés, désespérés, perdus. Nous avons à leur donner envie d’autre chose. Nous avons à leur redonner quelque chose à aimer. Nous devons réordonner en eux le mécanisme de l’admiration.

Ce n’est qu’ensuite, et souvent très longtemps après, que nous pourrons leur donner les raisons doctrinales de l’effondrement de notre société, leur expliquer ce qui, dans les idéologies contemporaines, engendre ce mal d’être dont ils sont les victimes bien davantage que les responsables.

Mais qu’avons-nous donc de si aimable, de si réconfortant, de si admirable à leur proposer, et qui ne soit pas une idéologie de plus, une théorie personnelle partisane ou discutable supplémentaire ?

Qu’avons-nous à leur proposer que nous ayons de commun avec eux, sinon ce patrimoine qui les a engendrés, eux comme nous, dans notre personnalité collective. Patrimoine dont le contenu, implicite et explicite, comprend à la fois dans ses incarnations artistiques, culturelles et historiques, le spirituel tout autant que le temporel.

D’où la nécessité vitale aujourd’hui de cette action culturelle dont nous disions au départ qu’elle ne pouvait pas être facultative pour celui qui veut œuvrer à la renaissance de notre patrie et au salut très immédiat de ses contemporains.

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