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Analyse de la lettre que Vincent Peillon a adressé à tous les recteurs d’Académies dans les Echos du 11 janvier 2013.

Nous en publions ici quelques extraits qui mettent en lumière le fonctionnement actuel de l’Etat qui gouverne dans notre pays. Est-il au service du bien commun de la société française ou, s’attribuant des responsabilités qui ne saurait lui incomber, s’est-il donner comme mission de modifier notre personnalité nationale et de redéfinir les fondements de la moralité publique.

Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : “le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles”, affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : “s’appuyer sur la jeunesse” pour “changer les mentalités”. Qui ? Le gouvernement.

En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse.

Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité.

On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel.

Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle.

La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité.

L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité.

De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur [1] : Article 227-22 du code pénal(Loi n° 98-468 du 17 juin 1998 art. 13), (…).

Tout cela relève-t-il vraiment du rôle de l’État ? Est-ce davantage le rôle de l’école ? Est-ce judicieux si l’on veut que les familles aient une relation confiante et paisible envers l’institution scolaire ? […]

L’école, publique comme privée, doit se recentrer sur sa mission propre et se garder de vouloir traiter à chaud les sujets polémiques. […] Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit.

Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. […]”


Pour ceux de nos amis qui travaillent actuellement en groupe sur les notions de patrie, de nation et d’Etat et pour tous nos compatriotes qui, en tant que citoyens, ont le devoir de s’interroger sur les réelles et légitimes prérogatives de l’Etat qui les gouvernes, le texte ci dessus suscite un certain nombre de questions essentielles auxquelles il importe de pouvoir répondre :

- Vous parait-il légitime que l’Etat se propose de « changer les mentalités » ?

- Dans quelle mesure l’Etat est-il qualifié pour se faire le docteur des « mentalités » ?

- Quel est le pouvoir de l’Etat en matière morale ?

- Est-il juste que l’Etat définisse des comportements comme délictueux ou criminels ? et si oui, sur quels critères ?

Le CEC 1895 précise que « la société doit favoriser l’exercice de la vertu, non y faire obstacle ; une juste hiérarchie des valeurs doit l’inspirer ».

- Appartient-il à l’Etat de définir la vertu ou de déterminer la juste hiérarchie des valeurs ?

Benoît XVI rappelle au Bundestag que le premier rôle du pouvoir, s’il ne veut pas être assimilé à une « grosse bande de brigands » est de discerner (discriminer) entre le bien et le mal.

- Le pouvoir est-il maître de décider des critères de discernement du bien et du mal ?

- Vous parait-il juste de s’appuyer sur la jeunesse pour cela ?

- N’est-ce pas instrumentaliser la jeunesse plutôt que l’éduquer ?

- Comment distinguer éducation et instrumentalisation ?

[1] Article 227-22 du code pénal(Loi n° 98-468 du 17 juin 1998 art. 13, art. 16 – Ordonnance nº 2000-916 du 19 septembre 2000 art. 3 2000 – Loi nº 2004-204 du 9 mars 2004 art. 6 VII) « Le fait de favoriser ou de tenter de favoriser la corruption d’un mineur est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Ces peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende lorsque le mineur est âgé de moins de quinze ans ou lorsque le mineur a été mis en contact avec l’auteur des faits grâce à l’utilisation, pour la diffusion de messages à destination d’un public non déterminé, d’un réseau de télécommunications ou que les faits sont commis à l’intérieur d’un établissement scolaire ou éducatif ou, à l’occasion des entrées ou des sorties des élèves, aux abords d’un tel établissement.Les mêmes peines sont notamment applicables au fait, commis par un majeur, d’organiser des réunions comportant des exhibitions ou des relations sexuelles auxquelles un mineur assiste ou participe.Les peines sont portées à dix ans d’emprisonnement et 1 000 000 Euros d’amende lorsque les faits ont été commis en bande organisée »

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