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Dans Le Monde du 14 octobre, le professeur Jacques Testard, un des «pères» d’Amandine, premier enfant français conçu in vitro, en 1982, renouvelle l’alarme qu’il avait déclenchée pour éviter la légalisation du diagnostic pré-implantatoire.

Dans ce même journal, il écrivait en 1992 : «Nous assistons aujourd’hui à l’installation d’un nouvel eugénisme : il s’agit d’un eugénisme démocratique, à la fois doux, mou et insidieux (…) Je refuse que l’on mette une étiquette sur un enfant avant même qu’il soit né, qu’on lui crée un sort insupportable, qu’on lui enlève finalement la liberté d’être ce qu’il est (…) je n’ai aujourd’hui qu’une seule proposition à formuler, il faut interdire à l’échelon mondial le diagnostic génétique sur les embryons humains. Nous faudra-t-il regretter le temps de l’ignorance si la valeur de l’homme devient mesurable avant même qu’il ait respiré.

En Allemagne, où ce tri embryonnaire est interdit, Habermas estimait qu’avec le clonage dit thérapeutique, le DPI ouvrait pleinement la voie à l’instauration d’une nouvelle forme libérale d’eugénisme.

Cette technique a été reconnue en France par la loi dite de bioéthique de 1994, moyennant quelques conditions : le diagnostic ne pouvait être effectué que lorsqu’avait été préalablement et précisément identifiée, chez l’un des parents, l’anomalie (ou les anomalies) d’une maladie génétique d’une particulière gravité (myopathies, mucoviscidose…) reconnue comme incurable au moment du diagnostic. Non seulement la loi introduisait une mesure inacceptable, mais en laissant au dialogue parents-praticien le soin de définir que tel handicap était d’une particulière gravité, il ouvrait la porte à toutes les dérives possibles.

Sur recommandation du Comité Consultatif National d’Ethique (avis 72 de juillet 2002), le législateur, en 2004, a étendu l’objet et la finalité du DPI, non plus seulement dans l’intérêt de l’enfant à naître mais dans l’intérêt d’un tiers. Il a autorisé à sélectionner, parmi les embryons «disponibles» d’un couple, un enfant «utile» au traitement d’un autre déjà né atteint d’une maladie génétique grave (ce que l’on a pu appeler le bébé-médicament). Il s’agit de choisir un embryon indemne de la maladie, présentant une compatibilité immunologique et donneur potentiel en faveur d’un frère ou d’une sœur.

Un nouveau pas risque d’être franchi et qui motive la réaction du professeur Testard. Contre l’avis de l’Agence de biomédecine, deux des trois centres habilités à pratiquer le DPI (Strasbourg et Montpellier) ont décidé de dépister chez l’embryon la prédisposition à certains cancers, afin d’éviter la naissance d’enfants porteurs d’un tel risque évalué en terme de probabilité (cancers du colon, du sein, des ovaires). Ce qui est pris en compte, ce n’est plus une manifestation pathologique mais une prédisposition génétique.

Où s’arrêtera-t-on ? Des praticiens semblent prêts à étendre le dépistage au diabète, à l’obésité, au paludisme…. L’argument utilisé par le professeur Nisand, (Le Monde du 20 octobre), en réponse à l’article de J. Testard, argument fréquemment rencontré, est que le DPI a été conçu pour éviter l’avortement chaque fois que l’anomalie est prévisible. Se cache derrière ce raisonnement, la fausse justification d’un mal par le recours à une notion erronée du moindre mal. Comment par ailleurs trouver des mots pour qualifier la terrible affirmation d’Israël Nisand selon laquelle les parents ont la légitimité de décider qu’une vie ne vaut pas la peine d’être vécue ?

Extrait de Permanences 436

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