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Pour rendre tout son sens et toute sa force à la notion de loi naturelle comme fondement d’une éthique universelle, il importe de promouvoir un regard de sagesse, capable d’embrasser simultanément Dieu, le cosmos et la personne humaine pour les réconcilier grâce à l’idée de création comme participation.

1.1.   Il est tout d’abord essentiel de ne pas opposer la causalité divine et l’activité libre du sujet humain.

Le sujet humain s’accomplit lui-même en s’insérant librement dans l’action providentielle de Dieu et non pas en s’y opposant. Il lui revient de découvrir par sa raison puis d’assumer et de conduire librement à leur accomplissement les dynamismes profonds qui définissent sa nature. En effet, la nature humaine se définit par tout un ensemble de dynamismes, de tendances, d’orientations à l’intérieur desquels surgit la liberté. La liberté suppose en effet que la volonté humaine soit « mise sous tension » par le désir naturel du bien et de la fin dernière. Le libre-arbitre s’exerce alors dans le choix des objets finis qui permettent d’atteindre cette fin. Par rapport à ces biens, qui exercent sur elle un attrait qui n’est pas déterminant, la personne garde la maîtrise de son choix en raison de son ouverture congénitale sur le Bien absolu. La liberté de qualité n’est donc pas un absolu auto-créateur de lui-même mais une propriété éminente de tout sujet humain.

1.2.   Il faut ensuite prendre acte par une philosophie de la nature, de la profondeur intelligible du monde sensible, et surtout une métaphysique de la création permettant ensuite de surmonter la tentation d’abandonner la nature à l’insignifiance morale.

De ce point de vue, il importe de dépasser le regard réducteur que la culture technique dominante conduit à porter sur la nature, afin de redécouvrir le message moral dont elle est porteuse comme œuvre du Logos. Toutefois, la réhabilitation de la nature et de la corporéité en éthique  ne doit pas négliger de considérer l’unité de la personne humaine, en absolutisant les inclinations naturelles des diverses « parties » de la nature humaine en les juxtaposant sans les hiérarchiser et en omettant de les intégrer dans l’unité du projet personnel global du sujet. Il importe donc aujourd’hui de tenir simultanément deux choses. D’une part, le sujet humain n’est pas un assemblage ou une juxtaposition d’inclinations naturelles diverses et autonomes mais un tout substantiel et personnel qui a vocation à répondre à l’amour de Dieu et à s’unifier par l’orientation consentie vers une fin dernière qui hiérarchise les biens partiels manifestés par les diverses tendances naturelles. Cette unification des inclinations naturelles en fonction des fins supérieures de l’esprit, c’est-à-dire cette humanisation des dynamismes inscrits dans la nature humaine, ne représente d’aucune manière une violence qui leur serait faite. Au contraire, elle est l’accomplissement d’une promesse déjà inscrite en eux. Par exemple, la haute valeur spirituelle que représente le don de soi dans l’amour mutuel des époux est déjà inscrite dans la nature même du corps sexué, qui trouve dans cet accomplissement spirituel sa raison d’être ultime. D’autre part, dans ce tout organique, chaque partie garde une signification propre et irréductible qui doit être prise en compte par la raison dans l’élaboration du projet global de la personne. La doctrine de la loi morale naturelle doit donc tenir en même temps le rôle central de la raison dans la mise en place d’un projet de vie proprement humain et la consistance et la signification propres des dynamismes naturels pré-rationnels.

17 questions sur la loi naturelle : les débats dits de société font réapparaître la pertinence de la notion de loi naturelle pour fonder le « vivre ensemble » dans un pays divisé de croyances et même de cultures. Il est nécessaire d’étudier en profondeur ce qu’est la loi naturelle (sans trop s’appuyer sur son évidence) et de comprendre le divorce que la modernité a introduit en réduisant la nature à sa dimension amorphe sans finalité immanente, simple objet de la science et en faisant de la loi un impératif arbitraire qui ne tient sa raison que de l’autorité qui la fait, laissant l’homme sous la domination du pouvoir totalitaire. Argumentaires construits sur la base des travaux de la CTI (COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE – A LA RECHERCHE D’UNE ETHIQUE UNIVERSELLE) et de Servais Th. Pinckaers op (La morale catholique – CERF, 1991).

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