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L’attrait du bien est communément exprimé par un principe premier de la morale : il faut faire le bien et éviter le mal. 

 

L’inclination au bien est un instinct spirituel primitif, indéfinissable comme tel. On peut la caractériser par ce qu’elle provoque en nous: l’attrait spontané et le goût pour le bien, la répulsion pour le mal, ou plus précisément pour ce qui apparaît tel à notre perception des choses, à notre raison, à notre conscience. Le bien est plus que le devoir ; il désigne une qualité, une perfection qui attire et cause l’amour ; absent, il suscite le désir et un mouvement vers lui comme vers une fin; obtenu, il donne la joie, le bonheur. Il est l’aimable, le désirable.

Le choix entre le bien et le mal dérive de cet attrait car, limités d’esprit et de cœur, nous pouvons élire comme un bien ce qui est un mal réel ou prendre pour un mal ce qui est un bien véritable, comme de préférer une fortune mal acquise aux requêtes de la justice. Et parce que l’objet aimé nous conforme à lui, notre estimation morale peut se fausser et notre goût se dépraver. Le sens du bien et du mal n’en subsiste pas moins sous la faute et la corruption, comme le désir de la santé persiste dans la maladie.

L’attrait du bien est communément exprimé par un principe premier de la morale : il faut faire le bien et éviter le mal. Il ne signifie pas d’abord l’obligation de faire le bien, mais l’attrait du bien qui se prolonge par l’injonction de rechercher le vrai bien et d’éviter le mal réel, au-delà des apparences et des illusions. C’est cette pression de la vérité dans le bien, à l’intérieur de son attrait, qui est à l’origine du sens intime du devoir et de l’obligation, sans s’y réduire toutefois, car elle porte au-delà d’eux vers la perfection du bien.

Le bien a partie liée avec l’amour dont il est la cause directe. Aussi pourra-t-on distinguer les espèces de biens en relation avec les espèces d’amours ou d’amitiés. Ce sera d’abord le bien plaisant, recherché pour la jouissance sensible qu’il cause; ensuite le bien utile, apprécié comme un moyen pour une fin qu’on se propose. Ces deux espèces de biens correspondent à l’amour de « convoitise», où le sujet ordonne à soi surtout le bien convoité. C’est le cas, d’après Aristote, des amitiés entre jeunes gens, fondées sur le plaisir, le sentiment, et de l’amitié entre marchands et hommes d’affaires, basée sur l’utilité commune.

Le bien, au sens plénier du terme, est d’une autre nature: c’est ce qui mérite d’être aimé pour lui-même, en lui-même, comme une fin et non comme un moyen. Pareillement l’amour proprement dit consiste à aimer quelqu’un pour lui comme soi. Tel est l’amour d’amitié ou de bienveillance. Il a pour objet une personne ou un bien qui qualifie la personne, comme la vérité, la bonté, la rectitude et toute vertu authentique. Avec ce genre de bien et d’amour, nous entrons de plain-pied dans l’ordre moral.

Comme nous apprécions le mieux la santé quand nous sommes malades, ainsi l’inclination au bien se révèle-t-elle à nous le plus sensiblement quand nous sommes confrontés au mal et à la souffrance, spécialement dans la conscience de notre péché, s’il ne nous aveugle pas. Mais la joie, au-delà de cette peine, est également révélatrice.

 

17 questions sur la loi naturelle : les débats dits de société font réapparaître la pertinence de la notion de loi naturelle pour fonder le « vivre ensemble » dans un pays divisé de croyances et même de cultures. Il est nécessaire d’étudier en profondeur ce qu’est la loi naturelle (sans trop s’appuyer sur son évidence) et de comprendre le divorce que la modernité a introduit en réduisant la nature à sa dimension amorphe sans finalité immanente, simple objet de la science et en faisant de la loi un impératif arbitraire qui ne tient sa raison que de l’autorité qui la fait, laissant l’homme sous la domination du pouvoir totalitaire. Argumentaires construits sur la base des travaux de la CTI (COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE – A LA RECHERCHE D’UNE ETHIQUE UNIVERSELLE) et de Servais Th. Pinckaers op (La morale catholique – CERF, 1991).

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