Simone Veil est morte et elle reposera au Panthéon avec son mari. Emmanuel Macron l’a décidé.

Rescapée de la Shoah, elle est arrêtée par la Gestapo en 1944. Elle n’a alors pas dix-huit ans. Elle revient seule, avec ses deux sœurs des camps d’Auschwitz-Birkenau et Bergen-Belsen. Ses parents et son frère n’ont pas survécu.

Egérie de l’émancipation des femmes, c’est elle qui porte le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse. Elle parvient à réunir le nombre de voix suffisant, de gauche, du centre et surtout de la droite pour que soit votée la dépénalisation de l’avortement.

Porte-drapeau de la construction européenne, elle est tête de liste aux élections européennes, les premières au suffrage universel et est élue Présidente du Parlement Européen.

Simone Veil a même défendu l’environnement : présidente du Comité pour l’année européenne de l’environnement en 1987, elle participe à la naissance du Comité 21.

La dame, au chignon devenu mythique, porte tous les atours de l’héroïne républicaine. Les engagements qu’elle a portés l’ont bien inscrite, « dans les combats de notre siècle. » Emmanuel Macron, mercredi aux Invalides, ne s’est pas trompé. La vie de Simone Veil nous raconte « l’histoire de notre modernité ».

Sa mort nous replonge dans cette seconde moitié du XXème siècle, née dans l’horreur indicible de la Seconde Guerre mondiale et de la politique d’extermination nazie pour mûrir dans l’émancipation déconstructive de l’individu.

La religion républicaine peut renouer avec ses grandes liturgies, les Invalides pour temple, l’éloge funèbre pour discours fondateur. Le 11 janvier 2015, nous communiions dans la rue à la liberté d’expression, le 5 juillet 2017, nous communions à la modernité.

Nous, catholiques, nous ne pouvons participer à la canonisation laïque de la sainte républicaine. Sa loi, qui certes n’était qu’une dépénalisation, est bien la matrice de toutes les audaces, comme le dit Jean-Marie Le Méné. Le glissement de la loi pour laquelle « l’avortement devait rester l’exception, l’ultime recours pour les situations sans issues » vers le droit fondamental dit beaucoup sur la déchéance morale de notre société.

L’interdit a été franchi, la porte s’est ouverte à toutes les possibilités. Le contexte de la libération sexuelle des années 60 et 70, le désir d’indépendance des femmes, ne se sont pas fait sans douleur. N’oublions cette loi était, avant tout une loi de santé publique. Combien de femmes sont parties en Suisse ou en Belgique pour avorter ? Combien de femmes, trop pauvres pour y aller, ont rencontré la faiseuse d’anges sur un coin de table de cuisine ?

A l’heure où le sida n’avait pas encore rappelé aux consciences que le sexe ne rime pas uniquement avec plaisir mais peut rimer aussi avec détresse…

A l’heure où la déconstruction des fondements de notre société, prônait la liberté en oubliant la responsabilité qui va de pair… Simone Veil a ouvert la boîte de Pandore.

Depuis 1975, en France, l’enfant à naître n’existe que s’il est voulu. Pour que la Vie soit, il faut que l’homme, la femme aient un projet parental. Rupture anthropologique majeure qui fait de la personne non une création mais le résultat d’un choix.

Simone Veil en avait-elle conscience ? J’aimerais que oui, non pour qu’elle en porte une responsabilité plus grande encore, mais parce que j’aimerais qu’elle ne soit pas de ces artisans qui ont eu à cœur de tout détruire. Elle semblait avoir été claire, elle refusait toute banalisation de l’avortement et cette loi de 1975 ne créait pas un droit à l’avortement.

Mais alors pourquoi, s’est-elle tue quand la loi qui porte son nom a dérivé progressivement ? Pourquoi n’a-t-elle jamais dénoncé l’instrumentalisation de son nom par les féministes ?

Simone Veil meurt et reste pour moi un mystère. Mais une chose est sûre, elle est une figure de l’histoire, celle d’un XXème siècle qui a perdu progressivement tout respect de la dignité humaine. A l’heure où PMA et GPA se profilent et si la mort de Simone Veil signifiait enfin la fin de l’histoire de la déconstruction ?

 Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le 6 juin 2017.

https://player.radio-esperance.fr/?radio=antenne-principale&media=audio&option=reecouter&date=1499320823&id=348862

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