Le message du pape pour la prochaine Journée mondiale du migrant et du réfugié n’est pas passé inaperçu.

Le point qui a fait couler beaucoup d’encre, c’est l’affirmation du pape sur la sécurité nationale : « Le principe de centralité de la personne humaine nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale. » Le pape parle ici de la sécurité personnelle des migrants et établit une hiérarchie qui a été contestée. Il est vrai, d’une part, que la sécurité nationale concerne également des personnes concrètes ; et d’autre part qu’elle constitue l’un des devoirs premiers du politique.

Dans un entretien donné à Famille chrétienne, le Père Michael Czerny, responsable de la section Migrants et Réfugiés au Dicastère pour le service du développement humain intégral, est revenu sur ce point : « L’État doit faire tout ce qui est nécessaire pour que sa sécurité nationale soit conservée mais, pour y arriver, il n’est pas autorisé à abuser des personnes. » Il n’est donc pas question de hiérarchiser, mais de dire que les nécessités de sécurité ne peuvent servir de prétexte à des abus.

Deux autres points me semblent particulièrement importants : d’une part le rapport entre intégration et assimilation ; d’autre part la question de l’accès à la citoyenneté, c’est-à-dire à la nationalité.

Sur le premier point, le pape cite son prédécesseur Jean-Paul II : « L’intégration n’est pas une assimilation, qui conduit à supprimer ou à oublier sa propre identité culturelle. Le contact avec l’autre amène plutôt à en découvrir le ‘‘secret’’, à s’ouvrir à lui pour en accueillir les aspects valables et contribuer ainsi à une plus grande connaissance de chacun. Il s’agit d’un processus de longue haleine qui vise à former des sociétés et des cultures, en les rendant toujours davantage un reflet des dons multiformes de Dieu aux hommes ».

Intégration et assimilation

Voici une question très importante : il y a une différence essentielle entre s’intégrer dans une société qui a déjà sa propre culture et « un processus de longue haleine qui vise à former des sociétés et des cultures ». C’est un fait que les nations d’accueil forment déjà une société et une culture.

Quid alors de la notion d’assimilation ? Si une assimilation absolue semble abusive voire impossible, il paraît nécessaire, pour vivre ensemble, de viser un certain degré d’assimilation, c’est-à-dire l’adoption progressive par les immigrés de manières de vivre et de références culturelles stables enracinées dans le pays d’accueil. Et c’est une manière de respecter les droits culturels de la nation d’accueil.

Sur la question de l’accès à la citoyenneté, le pape écrit que le processus d’intégration « peut être accéléré à travers l’offre de citoyenneté dissociée des capacités économiques et linguistiques ». Il s’agirait ici de donner la nationalité sans exiger au préalable la maîtrise de la langue et la capacité à subvenir à ses besoins matériels. Là aussi, cette proposition mérite un débat de fond qui ne peut être réglé par l’argument d’autorité.

Cette réflexion de l’Eglise catholique sur la question migratoire, il est légitime et nécessaire que les fidèles laïcs y contribuent, chacun selon ses responsabilités.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 8 septembre 2017

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