« Moi Trump ne m’intéresse pas, c’est un gros con et il a été élu probablement par ces catégories humaines qui ne m’intéressent pas. »

J’avoue en être restée bouche bée ! Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond-Point à Paris, interviewé sur France Info vomit un mépris sans limite pour le nouveau Président des Etats-Unis mais surtout pour ses électeurs.

Il est vrai que Donald Trump n’est pas celui que l’élite intellectuello-médiatico-politico-gaucho avait choisi pour diriger le pays le plus puissant du monde. Mais le peuple américain en a voulu autrement et Madame Hilary Clinton, chantre du multiculturalisme et de la mondialisation heureuse a dû rentrer chez elle. Et notre homme de culture, auteur dramatique, metteur en scène, cinéaste, qui ne se contente pas de laisser l’insulte porter sa déception, il fait des électeurs de Donald Trump des sous-hommes qui ne méritent pas son attention.

L’homme de théâtre s’engage, dénonce, remet en cause.

« Ces catégories humaines qui ne m’intéressent pas. » Car que, veux-tu, cher Auditeur, le théâtre de Monsieur Ribes est un théâtre engagé. Il fait partie de ces artistes qui se sentent la mission d’être subversifs. Par le rire, l’homme de lettre s’engage, dénonce, remet en cause, fait de la politique. Il y a moins d’une semaine, il usait du théâtre du Rond-Point, lors d’une grande soirée spéciale, pour, je cite, « sonner l’alarme face aux guerres, aux mises en cause de nos libertés, au durcissement des régimes autoritaires, à la montée des droites extrêmes. » Et d’en appeler au réveil des sociétés. C’est encore chez Monsieur Ribes qu’avait eu lieu le colloque sur la gauche et le pouvoir ou encore une soirée mariage pour tous en 2013… Monsieur Ribes est de cette intelligentsia culturelle, médiatique, proche du pouvoir politique qui sait ce qu’il faut penser et se charge de le faire savoir.

Mais attention, son travail d’éducation par la culture ne s’adresse pas à n’importe qui. Plus qu’une confidence de fin de cocktail, c’est une proclamation grand public que nous fait Jean-Michel Ribes à l’antenne de France Info. Il existe non pas des hommes ou des électeurs mais des catégories humaines qui ne méritent pas l’attention de notre artiste intellectuel ! Il existerait donc une sous-humanité tellement inférieure qu’elle a voté pour Donald Trump.

Cette caste inférieure, majoritairement issues des classes populaires et moyennes blanches, souvent caricaturée par le terme de white trash ou de petits blancs, c’est bien celle qui a aussi voté pour le Brexit au Royaume-Uni. Le peuple c’est plouc ! Jean-Michel Ribes n’a pas de temps à perdre, son théâtre est engagé mais il n’est pas d’éducation populaire. Que les ploucs se contentent du prédicat, les élites auront le complément d’objet direct pour tirer la sonnette d’alarme contre le populisme.

Le peuple est dangereux.

Le peuple est tellement dangereux que le journaliste Jean-Michel Apathie, au lendemain de l’élection de Donald Trump, allait jusqu’à, je cite, « reconnaître qu’il fallait aussi s’interroger quelques fois sur le suffrage universel ». Apathie, Ribes esquissent un monde merveilleux où la sous-classe n’aura pas besoin d’être éduquée car, indigne des droits civiques, dont elle ne disposera plus. Le processus démocratique est enrayé, le peuple remet en cause la religion multiculturelle, voit la mondialisation comme source de son malheur. La machine s’emballe, le peuple ne veut pas du progrès social que la modernité lui vante.

En passant, ne pas oublier que si, un jour, que Dieu nous en préserve, Jean-Michel Aphatie était élu Président de la République, il « raserait le Château de Versailles, pour que nous n’allions pas là-bas en pèlerinage cultiver la grandeur de la France » Le mépris du peuple passe bien par la destruction de son histoire, de ce qui l’a enraciné. La programmation du théâtre du Rond-Point de Jean-Michel Ribes ne propose d’ailleurs aucune pièce classique. Que des créations, de la « fantaisie subversive » comme il dit.

Nos élites intellectuelles bien-pensantes nous réservent une société clivée entre dominants et dominants, nouvelle société inégalitaire, pensée, ironie de la chose, par d’anciens marxistes.

Le réel des vies quotidiennes.

Mais qui aujourd’hui ose entendre le peuple quand il réclame des Trump au pouvoir, quand il refuse l’Union Européenne ? Qui ose prendre ces suffrages non pour des peurs dues à l’ignorance mais bien pour une inquiétude profonde qui nait dans réel des vies quotidiennes ? Il y a deux ans, quand il écrit L’insécurité culturelle, Laurent Bouvet parle d’un sentiment d’insécurité mais aujourd’hui, il ne s’agit plus d’une crainte fantasmée mais bien d’une peur réelle. Le sentiment de déclassements des classes moyennes est à prendre au sérieux.

Le problème de Jean-Michel Ribes réside peut-être dans le fait que son horizon s’arrête aux frontières du très chic 8ème arrondissement. Le suicide croissant des agriculteurs, le chômage des ouvriers des 200 usines qui ferment chaque année, la perte de sens dans les quartiers péri-urbains… Jean-Michel Ribes ne les a vus qu’à travers les lunettes très parisiennes de Nuit Debout ! Les hipsters, les bobos, les intellos passent du 8ème au 11ème arrondissement mais quoiqu’il en soit, la Place de la République reste en plein Paris.

Vive le populisme.

Et pourtant, Jean-François Khan signait lundi un très bel éditorial pour Marianne, où il appelait à « un véritable populisme, non démagogique, celui qui consisterait, non pas à monter les uns contre les autres, mais à fédérer en un vaste mouvement de renouveau démocratique les différentes couches sociales constitutives du peuple réel afin de faire pièce à une dynamique néolibérale qui exacerbe le pouvoir des puissants. »

Parce que, oui, Messieurs Jean-Michel Ribes, Jean-Michel Apathie, vous faites partie des puissants et bien que vous vous considériez dans le camp du Bien et du progrès, vous avez, vous aussi, attrapé le virus du pouvoir : le mépris de ceux qui vous sont inférieurs.

Enfin, j’dis ça, j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le 26 janvier 2017

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