La parenthèse électorale est fermée. La victoire, encore une fois, a échappé à ceux qui croyaient que l’alternance aurait pu remettre notre pays sur le chemin du bien commun. Pourtant en septembre 2016, les ingrédients étaient tous réunis, François Hollande se vautrait dans les bas-fonds des sondages et la courbe du chômage ne semblait pas vouloir lui servir de tremplin pour une réélection. Les Français voulaient qu’on leur parle de leur vie, de leurs inquiétudes : emploi, éducation, sécurité…. Les Français en avaient assez du déclinisme, d’une présidence qui d’ordinaire était devenue médiocre, voire vulgaire.

Au lendemain des primaires de la droite, il n’était pas interdit de croire que François Fillon serait l’homme qui saurait écouter la France périphérique et gouverner simplement avec le bon sens d’un père de famille. Talonné sur sa droite par Marine Le Pen, le candidat n’aurait pu oublier l’inquiétude profonde des Français. Le Front National pouvait prétendre à un groupe à l’Assemblée nationale, les questions au gouvernement auraient été un bon moyen de rappeler à l’homme de droite la réalité sociale et culturelle de notre pays. Nous aurions pu croire que c’en était fini du gauchisme, du libéralisme libertaire…

Mais malheur à l’électeur qui a cru que le combat était fini ! Rassembler les deux tiers des électeurs de droite ne signifiait pas rassembler deux Français sur trois. Mais l’homme providentiel est arrivé sous les traits de la jeunesse, d’un renouveau qui a su catalyser les forces anciennes. Je dois avouer que moi, aussi, cher Auditeur, j’aurais aimé y croire. Savoir que le combat que nous menons, n’obtiendra pas la victoire avant des décennies, n’empêche pas de rêver !

Pourtant, Jeanne l’avait bien dit à Cauchon, pour que Dieu donne la victoire, il faut que les hommes d’armes se lèvent. Les résultats de ces élections ont bien montré que nous ne nous étions pas assez levés. Nous n’avons pas assez labouré la terre de France pour que le pouvoir politique tombe comme un fruit mûr sur le chemin du bien commun. Tout attendre des institutions, c’est dénier le pouvoir absolument fondamental dont nous disposons tous. Pourquoi attendre d’un seul ou d’une poignée ce qui relève de la responsabilité de chacun ?

Nous n’avons pas besoin d’être très nombreux. Ce n’est pas faute de nous le redire, il suffirait que nous soyons mille ; mille conscients de nos talents, mille formés et compétents, mille à agir dans nos espaces de responsabilités en lien avec les uns et les autres.

Il faudrait 100 médecins, ingénieurs, juristes, cartographes ou autres spécialistes pour siéger dans les Agences Régionales de Santé. 100 pour influencer le pilotage en région des politiques de santé, orienter le financement des actions de prévention, participer à l’organiser l’accès à la santé de tous.

Il faudrait 100 représentants des pour siéger dans les conseils d’administration des hôpitaux. 100 pour défendre l’indisponibilité du corps, la dignité comme qualité intrinsèque de toute personne. 100 à remettre une dimension humaine là où la tarification à l’acte peut éclipser l’importance du soin.

Il faudrait 100 directeurs ou chefs d’établissement à la fois dans l’enseignement public et dans l’enseignement privé sous contrat. A ces postes de direction, il est possible de freiner le travail de déconstruction entrepris par l’Education nationale. Les établissements hors-contrat sont une des solutions à la crise de l’école mais nous devons avoir à cœur de restaurer l’ensemble du système scolaire car l’éducation doit être pour tous. Ces 100 directeurs et chefs d’établissement seraient les fers de lance d’une école au service de la transmission, d’une transformation en profondeur. 

Il faudrait 100 inspecteurs d’académie répartis dans toutes disciplines qui soutiendraient les 100 chefs et directeurs d’établissement dans leurs actions et les diffuseraient dans les autres établissements.

Il faudrait 100 directeurs de patronage répartis dans tout le pays, qui offriraient, hors des chemins de l’école, une éducation enracinée, une éducation au service, une éducation à la vie collective. Ces 100 directeurs de patronage auraient conscience que par le jeu, il est possible d’offrir une éducation de la personne.  

Il faudrait 100 juges des enfants et aux affaires familiales pour replacer la protection de l’enfant, son droit à avoir un père et une mère au cœur des décisions de justice.

Il faudrait 100 journalistes obsédés par la vérité et refusant d’user de leur responsabilité pour asseoir une quelconque idéologie.

Il faudrait 100 responsables des ressources humaines dans des grandes entreprises pour reconstruire un monde du travail qui soit au service de l’homme et non du profit immédiat. 100 responsables des ressources humaines qui mettent en place un management des hommes fondé sur la responsabilité, le respect de la vie personnelle et la contribution au bien de l’ensemble de la société.

Il faudrait 100 fonctionnaires territoriaux dans les divers fonds régionaux pour les acquisitions d’œuvres à destination des musées, pour l’aide à la création artistique. 100 fonctionnaires au service d’une culture centrée sur le beau, d’une culture qui élève l’âme et ne cherche pas la déconstruction.

Il faudrait 100 fonctionnaires, capables de devenir directeurs généraux, pour appuyer les directives d’un gouvernement rénové, conscients que tout ne doit pas venir de l’Etat, affirmés dans la conviction que le principe de subsidiarité doit être la clef de voûte de toute action politique. Des hommes prêts à se mettre au service quand le politique tombera comme un fruit mûr, mûr de tout le travail entrepris par les 900 autres pendant des décennies.

Et si ces mille pouvaient s’appuyer sur 10 000 enseignants, bibliothécaires, représentants des associations familiales dans les conseils d’administration des différents services publics, avocats, directeurs de centres d’action culturels, éducateurs, infirmiers, médecins, syndicalistes…

Il faudrait peut-être que nous soyons, toi, moi, de ces hommes d’armes qui se lèvent… Car si nous ne nous levons pas, la victoire ne nous sera pas donnée. C’est Jeanne qui le dit.

Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

Chronique de Clotilde Brossollet, pour Radio Espérance, diffusée le 22 juin 2017

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