Le 4 avril dernier, Sarah Halimi est retrouvée morte, défenestrée dans la cour de son immeuble. Cette femme de 65 ans, habitait dans le quartier de Belleville à Paris. Elle est décrite par ses voisins comme une femme discrète, gentille et serviable. Dans la nuit du 3 au 4 avril dernier, son voisin, Kobili Traouré a pénétré chez elle et l’a torturée pendant près d’une heure avant de la trainer par les poignets et de la jeter du troisième étage.

Il aurait pu s’agir d’un fait divers plus macabre que d’autres mais le journaliste Alexandre Devecchio y a vu « une tragédie contemporaine », révélatrice du malaise français. Car Sarah Halimi est de confession juive et sa judaïté était de connue de tous : elle portait la perruque caractéristique des juives orthodoxes et ses petits-fils venaient lui rendre visite en kippa.

Alors qu’il fait preuve d’une violence extrême, le meurtrier, qui a déjà fait de la prison pour des affaires de drogue, qualifie sa victime de sheitan, démon en arabe, récite des sourates du Coran et crie plus d’une dizaine de fois Allah Akbar et fait même une prière après avoir défénestré sa victime. Kobili Traouré n’a pas d’antécédents psychiatriques mais a bien le profil d’un islamiste radical : c’est un jeune délinquant au casier judiciaire très lourd. La veille du meurtre, il avait passé sa journée à la mosquée de la rue Jean-Pierre Timbaud, connue pour être un foyer d’islamisme radical.

Le 14 avril une information judiciaire a été ouverte par le Parquet de Paris pour homicide volontaire. Le caractère antisémite n’a pas été, à ce jour, retenu. Le meurtrier est placé sous mandat de dépôt mais il reste toujours hospitalisé.

A quelques jours du premier tour des élections présidentielles, les médias sont restés étonnamment muets. Il aura fallu toute la ténacité d’une jeune journaliste pour que le fait divers prenne la dimension qu’il mérite. Noémie Halioua a compris que le meurtre de Sarah Halimi disait quelque chose de notre société et qu’il ne devait pas intéresser uniquement la presse communautaire et les réseaux sociaux. Elle parvient à réunir 17 intellectuels dont Alain Finkelkraut, Laurent Bouvet, Marcel Gauchet, Jean-Pierre Le Goff, ou encore Céline Pina et Michèle Tribalat qui lancent un appel dans le Figaro pour que toute la vérité soit dite.

Sarah Halimi est la victime d’une nouvelle forme d’antisémitisme qui reste taboue. Lors de l’hommage aux victimes du Vel’ d’Hiv, dimanche dernier, Emmanuel Macron rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, le spectre des années 30 mais quand, dans son discours, il évoque Sarah Halimi, il ne dit rien de cet islam radical qui invoque le conflit israélo-palestinien mais s’attaque aux fondamentaux de notre société.

Ce tabou a valu, en mars dernier, à l’historien Georges Bensoussan d’être poursuivi pour provocation à la haine raciale à la suite de propos tenus en octobre 2015, lors d’un débat sur France Culture alors qu’il dénonçait « un antisémitisme atavique qui est comme un secret dans les milieux musulmans français. ». Le collectif contre l’islamophobie en France, le CCIF, n’a pas eu gain de cause même si le Parquet avait quand même requis 1500 euros d’amende.

L’affaire Sarah Halimi est avant tout le fruit d’une désintégration de la jeunesse française issue de l’immigration, qui refuse en bloc l’identité du pays dans lequel elle vit : la France. Pourtant ce ne sont pas les signes qui manquent : l’enquête de Georges Bensoussan Les territoires perdus de la République, publié en 2002, la mort d’Ilan Halimi, Mohammed Merah, l’hyper Casher… Cette forme d’antisémitisme n’est pas nouvelle mais elle reste taboue.

Vouloir taire ce nouvel antisémitisme qui se déploie depuis plus de vingt ans, c’est nier qu’une partie entière de la jeunesse a fait sécession. La politique multiculturaliste a signé l’abandon de notre modèle d’intégration, son appel au respect des cultures différentes considère cette jeunesse issue de l’immigration comme incapable de sortir de ses modèles de pensées et de ses modes de fonctionnement archaïques. Sa victimisation permanente lui ôte toute responsabilité. L’antisémitisme des banlieues n’est que le révélateur d’une haine plus large qu’une partie de cette jeunesse, qui navigue entre délinquance et islam radical, porte à l’égard de notre société.

Que certains s’explosent au Bataclan ou partent en Syrie, qu’un autre massacre Sarah Halimi, c’est la même histoire qui s’écrit et l’avenir dira s’il s’agit d’heures sombres….

Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le 20 juillet 2017

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