En dénonçant l’accord international sur le nucléaire iranien, Donald Trump poursuit la stratégie américaine de montée en tension. Ce n’est pas seulement une stratégie régionale au Proche-Orient, c’est une stratégie mondiale.

Nous vivons bien une « guerre mondiale par morceaux », selon la juste expression du pape François, avec des conflits ouverts et des conflits larvés. C’est une guerre économique, financière, militaire ou encore culturelle, aux multiples ramifications.
L’enjeu majeur est le maintien de l’hégémonie de l’empire américain, notamment au plan économique et financier. Les armes ne sont pas seulement au service de l’appétit de puissance géopolitique, elles sont au service du business.
La puissance américaine, c’est notamment le dollar, le nerf de la guerre. Et ce sont les armes au service du dollar. Il n’est pas étonnant que les Etats-Unis s’appliquent à punir les puissances régionales qui, comme l’Irak et l’Iran, cherchent à s’affranchir des échanges de pétrole en dollars. L’enjeu est essentiel : si le pétrodollar est affaibli, la monnaie américaine est en danger, cette monnaie qui n’est plus indexée sur l’or et qui tient par le volume mondial d’échanges en dollars.
Cette hyperpuissance économique et militaire américaine déstabilise le monde. Cela ne signifie pas que les Etats-Unis soient le seul pays à poser un problème au monde, cela signifie qu’il est le seul pays qui possède, à ce stade, les moyens d’une politique hégémonique à dimension mondiale. Demain, seule la Chine semble pouvoir rivaliser. Mais la Chine et les Etats-Unis sont à la fois concurrents et interdépendants, notamment parce que la Chine possède la plus grosse part de la dette américaine.
Quant à la Russie, elle est redevenue une puissance mondiale, mais elle est pour le moment contrainte à une stratégie défensive. Avec 70 milliards de dollars de dépenses militaires par an, la Russie ne peut en effet constituer une menace directe contre des Etats-Unis solidement appuyés sur plus de 600 milliards de dollars de dépenses annuelles d’armement, soit près de 10 fois plus que la Russie ; et 43 % des dépenses militaires mondiales.

Une puissance d’équilibre et de médiation

Quant au Proche-Orient, les puissances régionales les mieux armées sont des alliés des Etats-Unis : Israël, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis. Et l’Etat d’Israël est la seule puissance nucléaire de la région. C’est dire que l’Iran ne peut menacer gravement, ni les Etats-Unis, ni l’Etat d’Israël, ni l’Arabie Saoudite.
Et la France dans tout ça ? Assise sur une ancienne tradition diplomatique, nation de prestige et d’influence, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, elle possède des atouts pour jouer son rôle naturel de puissance d’équilibre et de médiation. Mais les quinquennats Hollande et Sarkozy ont été catastrophiques, arrimant notre diplomatie aux ambitions américaines.
Aujourd’hui, la France s’oppose à la dénonciation de l’accord nucléaire iranien par Donald Trump, notamment parce que ce revirement américain menace nos intérêts économiques en Iran. Cet événement fournit à la France une opportunité de prendre ses distances avec Washington pour retrouver son indépendance géopolitique et prendre le leadership diplomatique européen.
Il lui reste à saisir cette opportunité. Puisse-t-elle le vouloir vraiment.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 11 mai 2018

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