Je me suis déjà suffisamment plainte et pourtant, encore une fois, aujourd’hui, je vais récriminer contre cette campagne électorale qui nous a été volée. Les affaires de costumes sont au placard mais les débats ne sont pas ceux que j’attendais.

Nous assistons au triomphe indécent de l’idéologie économiste. Le cœur des débats ne tourne qu’autour de la question économique : revenu universel, croissance, Euro, emploi dette… A croire qu’un chef d’Etat ne serait qu’un gestionnaire et le peuple en une masse de consommateurs !

L’idéologie économique, nouvelle religion de substitution qui veut combler notre soif d’absolu par l’acte d’achat et la satisfaction immédiate de nos désirs, nous est vantée comme une promesse de développement illimité. L’économie est devenue le fondement de ce qui nous permet de « faire société » et englobe le fait social dans son intégralité. La solution de tous nos maux serait économique…

Qu’ils soient d’influence marxiste ou libérale, nos candidats à la présidentielle sont tous d’accord sur une chose : la cause et la solution résident dans le principe économique.

Le problème c’est que l’homme, celui qui va aller, dimanche, mettre un bulletin de vote dans l’urne, ne peut se réduire à un principe économique. Cette idéologie économiste est le parti de l’uni-dimension, celui de l’horizontalité. Elle nie la dimension verticale de chaque personne : pas de transcendance, pas de transmission, pas d’enracinement.

La crise financière de 2008 avait pourtant rappelé que le libéralisme, dans ses outrances financières, n’était qu’une fausse promesse : « avoir plus » ne signifie pas nécessairement «  être plus ». 2008 aurait pu remettre en cause ce mouvement qui se veut inexorable mais 2008 n’a fait que nourrir l’abstention et les mouvements populistes.

La droite de gouvernement n’a vu, dans le mouvement social issu de La Manif Pour Tous, que la simple contestation de conservateurs attachés à la famille traditionnelle. Elle n’a pas vu que la lutte contre la Loi Taubira était fondée sur une révolution anthropologique qui appelait à restaurer le lien social par les solidarités naturelles.

Dans la campagne, aucun candidat n’a vraiment osé poser la problématique du processus de décivilisation dans lequel notre pays se trouve, s’interroger sur ce qui peut refaire un peuple… Même si les mouvements populistes esquissent la question, nous savons que leur réponse est insuffisante.

Et pourtant dimanche, il va falloir que nous choisissions celui qui nous semble le plus à même de diriger notre pays pendant 5 ans. Nous avons le sentiment que nous n’avons pas eu une campagne électorale à la hauteur des enjeux mais nous ne nous défilerons pas et nous irons voter avec notre conscience en étendard.

Un bulletin ! Une seule voix, pourquoi ne pas la donner à celui qui flatte nos affects ? Pourquoi ne pas la donner à celui qui cristallise notre colère ou simplement nous fait rêver au paradis ? C’est vrai, ma voix, que représente-t-elle dans les 46 millions de voix qui composent le corps électoral ?

La tentation serait grande de répondre «  Pas grand-chose » Ce serait oublier que nous avons à cœur le bien commun et que dimanche même si notre voix ne sera qu’une goutte d’eau, elle sera l’expression de notre responsabilité.

Alors nous allons devoir choisir, si ce n’est déjà fait ! A écouter l’Eglise, la vie, la famille, l’éducation n’admettent aucun compromis et sont des points non négociables. Benoît XVI en 2006 avait rappelé que tous les sujets ne se valent pas, il en est des plus importants. Mais il en est aussi d’autres, ceux justement à qui la campagne n’a pas fait la place qu’ils méritaient ; le plus crucial pour notre pays : le lien social.

Si tu fais partie des indécis, ne compte pas sur moi, cher Auditeur, pour te dire pour qui voter. Si l’on t’a volé la campagne, ne te laisse pas voler ton vote.

Enfin, j’dis rien, j’dis rien !

Chronique de Clotilde Brossollet, diffusée sur Radio Espérance le 20 avril 2017.

https://player.radio-esperance.fr/?radio=antenne-principale&media=audio&option=reecouter&date=1492668014&id=333938

Share This