Parfois, je m’interroge.Pourquoi élever mes enfants ainsi ? Pourquoi toujours leur montrer qu’ils ne sont pas du monde mais qu’ils auront pourtant à en prendre soin ? Pourquoi lutter constamment pour redresser en eux ce que le monde cherche à tordre ? Est-ce bien utile de toujours chercher à déjouer en eux le travail de la déconstruction ? Pourquoi être toujours plus exigeante avec eux que le monde ne le sera jamais ? Pourquoi vouloir en faire des dépositaires d’un héritage dont le monde ne veut plus ?

Peut-être parce que la vie qu’ils ont reçue est un don qui les rend responsables ? Peut-être parce qu’avant eux, depuis près de 2000 ans, des générations se sont succédées pour leur transmettre la Vérité de la foi et en faire d’eux les héritiers ? Peut-être parce que s’ils ne doivent être plus qu’une poignée à faire vivre cet héritage, alors il faudra qu’ils en soient ?

Finalement c’est Hélie de Saint Marc qui me donne la réponse dans sa Lettre Que dire à un jeune de 20 ans ? « Parce que c’est l’honneur de vivre ! »

Je le cite : « Quand on a connu tout et le contraire de tout, quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie, on est tenté de ne rien lui dire, sachant qu’à chaque génération suffit sa peine, sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause font partie de la noblesse de l’existence. Pourtant, je ne veux pas me dérober, et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci, en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain : «Il ne faut pas s’installer dans sa vérité et vouloir l’asséner comme une certitude, mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère». A mon jeune interlocuteur, je dirai donc que nous vivons une période difficile où les bases de ce qu’on appelait la Morale et qu’on appelle aujourd’hui l’Ethique, sont remises constamment en cause, en particulier dans les domaines du don de la vie, de la manipulation de la vie, de l’interruption de la vie. Dans ces domaines, de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir. Oui, nous vivons une période difficile où l’individualisme systématique, le profit à n’importe quel prix, le matérialisme, l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile où il est toujours question de droit et jamais de devoir et où la responsabilité qui est l’once de tout destin, tend à être occultée.Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela, il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine. Il faut savoir, jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière heure, rouler son propre rocher. La vie est un combat, le métier d’homme est un rude métier. Ceux qui vivent sont ceux qui se battent. Il faut savoir que rien n’est sûr, que rien n’est facile, que rien n’est donné, que rien n’est gratuit. Tout se conquiert, tout se mérite. Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu. Je dirai à mon jeune interlocuteur que pour ma très modeste part, je crois que la vie est un don de Dieu et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde, une signification à notre existence. Je lui dirai qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves, cette générosité, cette noblesse, cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde, qu’il faut savoir découvrir ces étoiles, qui nous guident où nous sommes plongés au plus profond de la nuit et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai que tout homme est une exception, qu’il a sa propre dignité et qu’il faut savoir respecter cette dignité. Je lui dirai qu’envers et contre tous il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai que de toutes les vertus, la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres, de toutes les vertus, la plus importante me paraît être le courage, les courages, et surtout celui dont on ne parle pas et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse. Et pratiquer ce courage, ces courages, c’est peut-être cela «L’Honneur de Vivre».

Alors, aujourd’hui, je ne dis rien, parce que Hélie de Saint Marc dit tout.

Clotilde Brossollet.

Chronique diffusée sur Radio Espérance le 31 mai 2017.

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