En moins d’une semaine, la France a su envoyer des signaux forts au grand marché de la procréation. Mercredi 28 juin, le Comité consultatif national d’Ethique s’est prononcé en faveur de l’extension de la PMA à toutes les femmes.

Mercredi 5 juillet, la Cour de Cassation s’est prononcée en faveur de l’adoption par le parent d’intention des enfants nés de GPA à l’étranger.

Rien n’est encore voté mais les faits sont là, plus rien ne s’oppose à la grande marchandisation de l’enfant à naître.

Emmanuel Macron s’est toujours positionné en faveur de la PMA pour toutes mais avait conditionné l’avancée de la loi à l’avis du CCNE. Les barrières sont donc levées et pour éviter que la France se retrouve encore une fois divisée sur les questions sociétales, il semble qu’il veuille profiter de la révision de la Loi de Bioéthique prévue en 2018 pour faire avancer la question.

Stratégie intéressante, pour un président que se présente comme un rassembleur : il va ainsi concentrer les sujets : protection des données de santé, recherche sur l’embryon, respect du corps humain, don d’organes… Les sujets seront multiples et la PMA se diluera dedans. Quant à l’opposition, elle sera concentrée de fait dans un melting-pop de revendications.

Difficile d’imagine une grande manifestation contre la PMA pour les couples de lesbiennes quand en même temps il faudra aussi se battre contre une énième ouverture du droit à l’avortement ou contre l’extension du numérique au détriment du soin dans la médecine ou encore contre un premier pas vers le suicide assisté sans oublier la disparition des barrières éthiques dans la recherche génétique.

Comme le processus de révision des lois bioéthiques implique un débat public sous forme d’états généraux, il sera facile de dénoncer le caractère anti-démocratique de toute opposition. Le Président de la République est un stratège.

D’ailleurs, il n’a toujours pas évoqué la question, laissant la parole à sa Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les hommes et les femmes, Marlène Schiappa. La féministe auteur d’ouvrages plus pornographiques qu’intellectuels promet.  

Quant à la Gestation Pour Autrui, il n’est pas question de la légaliser, dixit Emmanuel Macron, dans le courrier qu’il a adressé en avril aux associations LGBT. Pourtant l’homme en marche refuse de s’engager dans une grande action pour une abolition universelle de la GPA. Une légère inquiétude m’habite quand je lis qu’il est prêt à lancer une grande initiative internationale afin de s’attaquer au problème de la GPA très peu payée et subie. Bref, pas de GPA mais quand même un peu de GPA bien payée et surtout une retranscription automatique des enfants nés de GPA à l’étranger sur l’Etat Civil français. En conclusion une légalisation dans les faits.

Il ne faut pas s’étonner de la position de notre Président de la République. Celui qui veut faire de la France une start up performante ne raisonne qu’en termes économiques. Souveraineté de la nation, souveraineté de la personne n’appartiennent pas à son anthropologie. D’ailleurs le grand marché mondialiste libéral ne s’encombre pas des lois nationales. Le marché de la procréation est un marché porteur promis à une croissance de 4,4% par an entre 2016 et 2023 pour atteindre les 31,4 milliards de dollars en 2023.

Les technologies de la reproduction assistée englobent les laboratoires pharmaceutiques et biomédicaux, les personnels de santé mentale, les cliniques spécialisées en procréation assistée, les laboratoires de séquençage du génome, les banques de spermes et d’ovules, les agences et cliniques spécialisées en GPA, les experts juridiques, les réseaux mafieux… tout un petit monde qui sait bien que l’argent est le nerf de la guerre… tout un petit monde qui n’est pas très loin des grandes entreprises mondiales de la révolution numériques, de ces GAFAM qui aujourd’hui déjà proposent à leurs employées femmes de congeler leurs ovocytes.

Maintenant que nous avons ouvert un droit à l’enfant rien ne nous retient pour ouvrir un droit au sperme pour les femmes et un droit à l’ovule et l’utérus pour les hommes.

Face à l’extension infinie du domaine du marché, il ne me semble plus possible de se revendiquer libéral-conservateur sans y voir la contradiction, la négation de la dignité même de l’homme.

Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le 13 juillet 2017.

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