« Le martyre du Père Hamel n’aura pas eu lieu pour rien ! La phrase prononcée par notre nouveau Président de la République aurait de quoi réveiller un pays qui ne sait plus trop ce qu’est la mort et qui la redécouvre par la force des choses.

Nos terroristes islamistes nous renvoient, régulièrement, en pleine face que la mort fait partie de la vie alors que nous ne cessons de chercher à l’effacer. Sédation profonde et continue, exigence de la dignité dans la mort, peur d’accompagner ses proches en fin de vie à domicile… L’agonie nous effraye au point que nous voudrions échapper à la fin de notre existence.

Charlie Hebdo, le Bataclan, Nice… l’islam radical couvre nos trottoirs de cadavres. Les media ont beau flouter le visage des victimes, notre société redécouvre la mort sous les traits d’une guerre non conventionnelle, une guerre portée par un ennemi qui s’emploie à détruire notre civilisation. De ces attentats meurtriers, le visage du Père Hamel ressort avec une force inouïe comme si la mort des autres victimes ne pouvait que nous dire la folie sans limite de la barbarie. Un an après, la mort du Père Hamel revêt encore une dimension symbolique voire prophétique. Il est la seule victime qualifiée de martyr, il est la seule victime dont la mort pourrait avoir un sens.

Finalement, elle nous interroge : « Pourquoi suis-je prêt à mourir ? »

Les conflits du XXème semblaient nous avoir vaccinés contre la mort violente, la mort des grandes idéologies semblait nous garantir une paix durable… Il était fini le temps où les hommes laissaient femme et enfants pour partir sauver la patrie. Comme Nietzsche avait tué Dieu, il n’était plus question de mourir pour Lui. Le temps était à l’insouciance. Les conflits étaient ceux d’un autre temps ou d’un autre monde qui n’était pas encore entré dans la modernité. Il ne restait que les quelques sursauts d’une violence à l’agonie avant que le grand marché de la liberté de consommer ne fasse son œuvre pacificatrice. Ex-Yougoslavie, Rwanda, tout cela ne nous concernait pas sauf à brandir les droits de l’homme comme étendard pour des casques bleus impuissants.

Le 11 septembre nous avait stupéfaits. Que les Etats-Unis entrassent en guerre n’était pas étonnant, ils avaient gardé leur âme de cow-boy mais notre civilisation européenne avait ce raffinement intellectuel qui nous gardait de toute tentation vengeresse. Dominique de Villepin n’avait pas succombé, la France drapée dans sa revendication poétique, n’avait pas été dupe d’un secrétaire d’Etat à la solde des lobbys militaro-industriels.

Progressivement, la guerre s’est approchée de nous, jusqu’à nous toucher en plein cœur. Et il y a eu l’assassinat du Père Hamel, celui qui meurt en disant « Va-t’en Satan ! ».

Sa mort est un kérygme. Elle est la preuve que le sacrifice du Fils n’est pas une défaite mais bien la victoire qui réduit la mort à l’absurde. Elle est transcendance et inonde de ses grâces. Elle est affrontement directe avec le Mal mais c’est Satan qui déserte le champ de bataille. Elle est fragilité à l’image de l’Amour du Père, impuissant dans son amour sans limite.

Mais là, aujourd’hui, suis-je capable moi aussi d’accepter la mort et de n’y voir que l’œuvre du Mal, hors de toute révolte ?

Moi qui n’ai pas marqué dans orps mon appartenance au Père, aurais-je le courage des enfants coptes égyptiens, qui, il y a quelques semaines, ont refusé de dire la shahada et sont morts pour avoir dit le Credo dans le bus qui les emmenait au monastère de Saint-Samuel le Confesseur ?

Faut-il que je tatoue sa Croix sur mon bras pour être certain que demain je ne le renierai pas ? Qu’est-ce quime garantit que demain, je mourrai en disant « Va-t’en Satan ? Suis-je prêt à renoncer au repos, au succès et même à la santé pour prier avec le parachutiste et demander l’insécurité, l’inquiétude, la tourmente mais surtout la force et la foi ?

Car si ma vocation de chrétien est bien de montrer à tous mes frères comme ceux qui veulent ma mort, le chemin qui conduit vers le Christ, suis-je prêt à le faire au mépris de ma propre vie ?

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le 27 juillet 2017

Share This