Il y a quelques semaines, Philippe Bilger titrait sa chronique dans le Figaro Vox « Il y a en France comme un parfum de révolution ».

Dans les premiers jours de la fronde des policiers, le magistrat honoraire ne faisait pas référence au terrorisme islamique dont Ivan Rioufol nous alerte dans son ouvrage La guerre civile qui vient. Le but recherché par l’islam sunnite terroriste est bien la fragmentation de notre société condamnant tout musulman vivant sur le sol français à rejeter ces mécréants que nous sommes. Mais l’ennemi n’est plus une organisation terroriste organisée, structurée qui donne ses ordres depuis l’étranger. L’ubérisation du terrorisme permet à tout déséquilibré de décompenser en devenant un martyre. Il lui suffit de se radicaliser sur les réseaux sociaux, d’agir au coin de sa rue et de crier « Allah Akbar »…Oui, il y a en France comme un parfum de guerre… Même François Hollande le reconnaît.

La remise en cause de l’Etat.

Mais ce dont Philippe Bilger parle ce n’est pas d’une guerre civile entre une société atone, vide de sens et un islam radical, celui dont se réclame le théologien Youssef al-Qaradâwî grande référence des Frères musulmans et auteur de la célèbre promesse « Avec vos lois démocratiques nous vous coloniserons, avec nos lois coraniques, nous vous dominerons. »

Ce que Philippe Bilger dénonce c’est cette remise en cause multiple mais toujours violente de l’Etat français. Je le cite « Des évènements, des manifestations, des agressions, des attaques, un changement radical de la nature du désordre et de la violence ont fait apparaître des bouleversements inédits. Il est clair que sous ce quinquennat, nous sommes sortis de la normalité évidement contrastée d’un pays même bien gouverné pour entrer dans la crainte de plus en plus stressante d’une impuissante de la République, d’une faiblesse de notre démocratie. »

Oui, Cher Auditeur, il faut le reconnaître, la violence n’a peut-être pas augmenté mais elle s’est radicalisée et teste en permanence la capacité de l’Etat à lui apporter une réponse ferme.

Si l’on regarde les émeutiers des territoires perdus de la République, ceux qui fêtent le 14 juillet et même, depuis cette année, Halloween, en brûlant des voitures, ceux qui accueillent les forces de l’ordre au cocktail molotov, qui osera me contredire quand j’affirme que leurs actes s’apparentent à une guérilla urbaine ?

La logique symbolique de la maîtrise du territoire.

Proche de l’idéal de Daesh, pour lequel la loi d’Allah doit primer sur celle de l’Etat kouffar, mécréant, cette violence urbaine entre dans une logique symbolique de maîtrise du territoire : la loi de la cité s’impose à celle de l’Etat.

Ces dernières semaines, ce sont des enseignants qui se sont fait agressés avec une violence inouïe, des médecins, des pompiers et des policiers brûlés vifs dans leur voiture… Petit condensé en quelques jours d’une violence ordinaire ! Un ami me faisait remarquer que les victimes étaient toujours des hommes et des femmes qui avaient choisi des métiers de vocation, des métiers au service des autres …

Dans notre société où le collectif se meurt, où l’individualisme est roi, ne sont-ils pas les derniers signes du bien qui se voudrait commun ?

Oui, cette violence est le signe ultime d’une civilisation en crise mais quelle réponse apportons-nous ?

Alors, quand je vois les réponses de notre élite médiatico-politique, j’ai peur. Rappelle-toi, Cher Auditeur, le 14 juillet, au matin de l’attentat de Nice, notre pathétique Président de la République partait en guerre contre le populisme : « Ce qui nous menace, c’est la montée des populismes, mais je ne me laisserai pas intimider. » La phrase martiale est devenue plus que grotesque dans les heures qui ont suivi.

L’Etat, roi des renoncements.

J’ai peur aussi quand je lis l’alerte du général de gendarmerie Bernard Soublet dans Tout ce qu’il ne faut pas dire : « Nombre de condamnés ne purgent pas leur peine faute de place, pire, les sanctions sont décidées en fonction des possibilités dans les maisons d’arrêt. »La chaîne pénale ne suit donc pas… Si la sanction n’est pas là, quelle crédibilité peut avoir l’autorité ?

Arrive à l’âge adulte une génération complètement élevée dans la déconstruction de mai 68 : refus de l’autorité, auto-détermination totale de l’individu, seul capable de définir le bien et le mal : des jeunes livrés à leur toute-puissance à qui personne n’a jamais osé dire non par peur de brimer, de discriminer…

Alors, à l’heure où se conjuguent le communautarisme islamique et l’arrivée à l’âge adulte des jeunes éduqués au petit lait de la déconstruction, à l’heure où l’on compte plus de 800 zones sensibles en France, à l’heure où la défaite de l’Etat islamique en Irak nous promet le retour sur notre territoire de plusieurs centaines de djihadistes français formés au combat et nourris à la haine de l’Occident, l’Etat semble bien impuissant, lui le roi des renoncements.

Implorer Apollon…

Peut-être que le bien commun passe par le retour à la conscience collective… Peut-être que c’est à toi, Cher Auditeur, à moi, de remettre à sa place le gamin qui crache dans la rue, celui qui te pourrit la tête par le rap qu’il écoute sans écouteurs ou encore celle-ci qui met les pieds sur les fauteuils de bus… Si nous baissons la tête, si nous taisons, si n’avons plus cette conscience que l’éducation passe aussi par nous, quelle légitimité avons-nous à exiger un Etat fort ?

Si nous n’appelons plus la police pour signaler ces jeunes qui font des rodéos en scooter sur les trottoirs, alors nous aurons beau implorer Apollon, c’est notre pays entier qui sera une zone sensible soumise à la guérilla. Ne l’oublions pas, la Guerre de Troie a finalement eu lieu.

Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le jeudi 3 novembre 2016.

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