Il faut le voir pour le croire : quelques minutes avant de monter sur la scène de Chaillot pour son combat de gladiateur face aux lions Plenel et Bourdin, Macron monte les marches du Palais avec son épouse, main dans la main, dans le silence qui s’installe, avec sérénité et gravité.

BFMTV se prête goulûment à la mise en scène. Tout a été pensé, pesé, préparé, en lien avec l’Elysée. Les caméras ont été soigneusement disposées, les angles savamment étudiés. Tout est prêt pour le grand spectacle du dimanche soir.

Sur le plateau de la chaîne d’information continue, les commentateurs commentent ce moment, ce choix présidentiel. Tout est assumé : oui, c’est une mise en scène, et ils ont accepté d’en être les exécuteurs.

Pour eux, c’est un grand moment, presque solennel. Dans quelques minutes, le combat commencera : Plenel et Bourdin, surjouant la caricature d’eux-mêmes, vont déployer leur férocité face au héros tragique. Macronibus Maximus Jupiter, le président-courage, va affronter les lions dans l’arène, sous le regard de sa douce Junon, à la fois sœur et épouse, protectrice et aimante.

Nous sommes dans un théâtre, nous sommes au cirque. Pas au cirque Pinder, non. Au cirque antique, dans la plus grande tradition romaine. Jupiter est prêt, il ne se dérobera pas. Dans les jours qui précèdent, il a bachoté ses fiches, enfermé dans son bureau disent ses gens. Tout juste a-t-il saisi un court instant de divertissement, le temps d’envoyer quelques missiles dérisoires sur une terre d’Orient indocile à l’Empire.

Dans un peu moins de trois heures, notre héros tragique saluera l’arène, le poitrail lacéré mais vivant, débout, le port altier, fier, vainqueur. La foule baissera alors le pouce pour deux vieux lions sans panache, minables et vulgaires. Leur pauvre carcasse sera bientôt dévorée par leurs frères les loups, leurs confrères de presse, plus pressés que jamais de déchirer leur part de la dépouille.

Nous y sommes, c’est maintenant : haro sur les lions ! C’est la curée ! Les loups de bassecour se retiennent d’autant moins qu’ils auraient – ô paradoxe ! – rêvé d’être à la place de ces deux vieux lions, spécialement choisis par Macronibus dans le cheptel sauvage pour jouer ce rôle, même ingrat, dans le théâtre tragique, dans le spectacle permanent et enivrant qui donne encore à un Empire habité de vacuité l’illusion de la politique.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 20 avril 2018

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