Elle est là, à la une de Causeur, avec son niquab blanc et noir, la main gantée tire un caddie de courses. Cette femme a été prise en photo à Paris. Difficile pour la femme photographiée de revendiquer son droit à l’image, véritable fantôme, elle ne montre rien de son visage, de son corps. Seul un regard insistant pourrait distinguer la couleur des yeux, à peines visibles entre deux larges bandes de tissu noir.

Ces femmes sont le symbole de ces territoires qui font sécession, ces territoires perdus de la République où la charia est plus forte que la loi de la République. Car aujourd’hui, elles ne sont plus un phénomène exceptionnel. Le législateur a même dû examiner le problème pour interdire en 2010 les visages dissimulés. Depuis, le pouvoir exécutif est dans l’incapacité de faire appliquer la loi.

Il y quelques semaines, c’est France 2 qui dans un reportage pour le journal de 20h00 montrait qu’à Sevran, les tables de cafés sont interdites aux femmes. Parce qu’ici «  C’est comme au bled, on n’est pas à Paris ! »

Apprendre à déconstruire le privilège de la domination démographique.

La loi des Frères est devenue la règle dans des quartiers entiers. Dans notre civilisation de la personne, celle qui a su faire du portrait un art, les visages féminins peuvent s’effacer. Dans notre civilisation de l’incarnation, celle qui a su faire du nu un art, les courbes du corps féminins peuvent être mises sous housse. Bref, les femmes peuvent disparaître de l’espace public sans que nos féministes s’en émeuvent.

Car notre société est devenue multiculturelle. Le sociologue québécois Mathieu Brock-Côté n’hésite pas à dire qu’il s’agit de notre nouvelle religion. Nous avons fait de l’immigrant le nouvel exclu par excellence. Et ce n’est pas grave si le nouveau système qui est découle repose sur l’inversion du devoir d’intégration car il n’est plus question de normes, de prétention commune. La société d’accueil doit apprendre à déconstruire le privilège que la domination démographique lui confère.

Il n’est plus question que le nouvel arrivant apprenne à dire nous avec pays qui l’accueille, qu’il s’en approprie les codes. C’est au pays d’accueil de faire les accommodements raisonnables, voire même d’adopter les codes de l’Autre. Une ministre canadienne, pas musulmane, qui se fait prendre en photo voilée. Voici où cela conduit.

Toute vérité n’est pas bonne à dire.

L’épisode de Cologne lors du réveillon, il y a un an, qualifié de « Bataclan sexuel » par Eugénie Bastié nous montre cette inversion de la faute et de la responsabilité. La religion du multiculturalisme a montré, là encore, toute sa capacité à nier le réel. D’ailleurs c’est bien pour ne pas avoir pratiqué le rite de la négation du réel qu’Eric Zemmour et Robert Ménard passent devant les juges. Il n’est pas question de savoir si les propos qui leurs sont reprochés sont faux ou vrais mais bien de juger s’ils respectent les codes de la respectabilité : la vérité n’est pas bonne à dire quand elle risque de discriminer.

Et tout hérétique qui émettrait un doute à l’égard du dogme multiculturel sera mis à l’index. Il sera diabolisé pour ses propos nauséabond et ne pourra pas échapper à la psychiatrisation de sa dissidence. Toutes ces pathologies de la phobie qui naissent et se répandent ! La religion multiculturelle a le monopole du Bien mais aussi de la Santé. Elle peut exclure la contradiction car elle est signe de perturbation mentale. Il lui faut donc rééduquer celui qui osera revendiquer un enracinement historique, un enracinement culturel. Les campagnes de sensibilisation, l’école sont là pour ça ! Et si vraiment l’hérétique persiste se verra imposer le silence grâce au droit. Les juges sauront lui rappeler qu’il est passé dans le camp du mal, celui qui sent mauvais et n’est pas raisonnable. Condamné, il sera ! Au silence, il devra se résoudre.

Moins il y a de communs, plus il y a de consommateurs.

Celui qui se frotte les mains dans cette affaire c’est le libéralisme économique. Si la sécession par l’islam radical n’est que la partie immergée de l’iceberg, ce qui compte le plus c’est que notre société se morcelle. Il n’y pas que dans les territoires perdus de la République qu’il y a un problème avec le commun. Les communautarismes ne sont pas que religieux : le lien social se délite de toute part. Les grands régimes d’attachement comme la famille, le travail, les lieux de la militance politique sont en crise. L’extension illimitée du domaine du marché tire son épingle du jeu sans grand mal. Moins il y a de communs, plus il y a de consommateurs, électrons libres dans le désert de l’hyper-consommation. L’islam radical devient une nouvelle part de marché à conquérir. L’industrie du textile l’a déjà bien compris.

Nous souffrons de la nouvelle synthèse progressiste qui associe économie de marché et diversité multiculturelle. Nos nouveaux prêtres ne sont-ils pas les grands patrons tolérants ? C’est eux qui ont nous mettent en place les chartes de la diversité en entreprises où cohabitent sans problème la revendication d’un lieu de prière musulman, le menu de substitution à la cantine et la défense des droits des personnes LGBT à avoir des enfants.

Alors, cher auditeur, deux livres à lire : Celui de Mathieu Detchessahar Le marché n’a pas de morale. Et celui de Mathieu Bock-Côté Le multiculturalisme, comme religion politique. Car c’est bien dans ces livres que tu comprendras pourquoi il nous a été retiré notre identité commune.

Enfin, j’dis ça, j’dis rien !

Clotilde Brossollet / Chronique diffusée sur Radio Espérance le 12 janvier 2017.

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