Coup de théâtre à Rome : alors qu’il semblait acquis que l’Italie doive revoter à l’été ou à l’automne, suite au véto du président de la République italienne sur le choix du ministre de l’Economie, L’Italie s’est trouvée un gouvernement hier soir jeudi 31 mai. Le point d’achoppement de cette crise, c’est le programme de rupture avec la rigueur budgétaire qui affole les marchés financiers et les pays de la zone Euro, même si le nouveau pouvoir écarte l’idée d’une sortie de l’euro.

A Bruxelles et à Berlin, la tension monte. Il y a quelques jours, le commissaire européen au budget, l’allemand Oettinger déclarait : « Les marchés vont apprendre aux italiens à voter ». Hier, c’est l’eurodéputé allemand Ferber qui déclare que « la Troïka devra marcher sur Rome et prendre le contrôle du ministère des Finances » si l’Italie applique son programme. Une « marche sur Rome »… Grand Dieu…

C’est un déni de démocratie, certes, mais il faut y regarder de plus près. En effet, la souveraineté populaire n’est jamais absolue : si le peuple veut une chose impossible, la chose demeure impossible. Si l’Italie se trouve à ce point contrainte, c’est d’abord parce qu’en situation de surendettement, les créanciers demandent obéissance. C’est aussi parce qu’un pays de la zone Euro doit bien appliquer les règles budgétaires communes de la zone Euro.

Ici réside l’ambiguïté majeure : le peuple veut la fin de l’austérité, mais il craint aussi les conséquences d’une sortie de l’Euro sur la valeur de son épargne et ses pensions de retraite. Or, c’est une illusion de croire qu’un pays puisse s’affranchir des règles budgétaires de la zone Euro sans s’affranchir de l’Euro lui-même.

A cet égard, les leçons de ce qui est arrivé en Grèce n’ont pas été retenues. Alexis Tsipras avait fini par renoncer à son programme de rupture et appliquer celui de Berlin parce qu’il ne voulait pas prendre le risque d’arracher la perfusion de la dette et donc assumer une éventuelle sortie de l’Euro.

Quelle souveraineté politique ?

Or, l’Italie est bien davantage que la Grèce, c’est la troisième économie de la zone Euro. Un défaut de l’Italie sur sa dette serait une catastrophe pour l’ensemble de l’union monétaire. Avec la Grèce, la zone Euro craignait la dimension symbolique d’un fâcheux précédent ; avec l’Italie elle risque bien davantage et ne recule donc devant aucune pression pour contraindre l’Italie.

L’une des grandes leçons de cette affaire, c’est qu’en Italie comme en Grèce, et peut-être demain en France, il n’y a pas de souveraineté politique plénière quand les finances publiques ne sont pas en ordre et quand le pays ne maîtrise pas sa politique monétaire.

Il y a une deuxième ambiguïté dans cette affaire : non seulement il n’y a pas d’autre politique budgétaire possible en restant dans la zone Euro, mais une sortie de l’Euro ne permettrait pas de rompre avec la rigueur. Au contraire, pour les pays surendettés, cette sortie nécessiterait un probable défaut sur la dette ; et donc la fin de la perfusion de la dette.

Pourquoi promettre, dans ces conditions, la fin de la rigueur, des politiques sociales ambitieuses, une relance des services publics ou encore un abaissement de l’âge de la retraite ? Ce que les mouvements politiques eurosceptiques ne veulent pas dire au peuple, c’est qu’il n’y aura pas de liberté politique réelle sans larmes ni souffrances.

Le retour à la souveraineté politique implique de produire un effort historique sur 10 ou 20 ans afin d’ouvrir un avenir aux jeunes générations, lesquelles méritent que leurs aînés cessent de vouloir le beurre et l’argent du beurre et choisissent d’élever leur âme à la dimension du sacrifice.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 1er juin 2018

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