Moraliser la vie politique, nos élus, les médias n’ont que ces mots à la bouche depuis que la campagne pour la présidence de la République s’est vautrée dans la fange des affaires. Emmanuel Macron nous l’avait promis, avec lui, tout allait changer… Jeudi dernier, François Bayrou, nouveau Garde des Sceaux nous a présenté les contours du premier grand chantier législatif du quinquennat. Un seul et unique objectif : « restaurer la confiance des citoyens dans l’action publique ». On ne peut pas dire que les mesures soient intéressantes : mettre fin à la présence des anciens présidents au Conseil Constitutionnel, interdire aux élus d’assurer plus de trois mandats successifs, supprimer la Cour de Justice de la République pour que les ministres soient enfin jugés par des magistrats et non des parlementaires, abolir la réserve parlementaire… La liste est longue des dispositions qui ne peuvent qu’améliorer le fonctionnement de nos institutions en mal de légitimité.

Mais pourtant, cette quête de moralisation de la vie publique ne peut que me laisser sur ma faim. Interdire à des parlementaires d’embaucher des membres de leur famille ne les empêchera pas d’embaucher leur maîtresse… Car tu vois, cher auditeur, je ne suis pas très choquée par le fait que François Fillon ait embauché Pénélope. La vie entière de ce couple était dédiée à la politique exigeant même le sacrifice de la carrière professionnelle de Madame. Les députés peuvent bien choisir l’affectation de leur crédit collaborateur entre épouse dévouée ou un attaché parlementaire plus traditionnel, tant que ceux qu’ils rémunèrent les aident à remplir au mieux leur mandat. La défaite du politique ne réside pas là, dans un pays ou vie privée et vie publique des élus sont étroitement liées. Qui pour se plaindre d’un élu, prêt à des sacrifices au nom des fonctions qui lui sont confiées ? Et pourtant je suis prompte à hurler contre ses élus qui s’accrochent à leurs mandats parce qu’ils sont leur seule et unique source de revenus. L’équilibre est précaire.

Mais cette loi de moralisation n’est-elle pas l’écran de fumée qui empêche de poser les questions de fond, un peu comme à Rome le pain et les jeux ? Ces mesures occupent l’espace politique et médiatique, font la part belle au judiciaire mais ne restaureront pas la légitimité du politique. Le désir, certainement sincère d’Emmanuel Macron de renouveler la vie publique, ne résoudra pas la question de l’impuissance et du discrédit politique. L’Etat est dans l’incapacité d’assumer ses pouvoirs régaliens dont il s’est détourné. La sécurité est devenue une injonction sans réalité, la justice est marquée du sceau de la lenteur et de l’impunité, la monnaie ne lui appartient plus… La souveraineté, question majeure de la crise politique que nous connaissons, est laissée aux populismes d’extrême-droite !

Nous voici donc embarqués dans une course effrénée de la pureté qui tend à occulter tout débat d’idées alors qu’il suffirait de commencer par retrouver la décence commune. Cette sorte de loi qui s’impose naturellement sans avoir besoin d’être inscrite dans le droit. Et pourtant, c’est tout le contraire qui nous est proposé.La vertu n’est plus affaire de politique alors il faut l’imposer. La morale a été remisée dans le placard des religions, alors inscrivons-la dans la loi positive ! La confiance est perdue, la transparence compensera !

Alors nous légiférons, nous légiférons… et toujours sous la pression des scandales médiatiques. Notre démocratie s’enfonce chaque jour un peu plus dans ce nouveau régime hybride de la médiacratie des juges. Le politique est mort, vive la justice et les journalistes ! A l’heure où les déficits publics nous rappellent chaque jour que l’Etat n’est même plus un bon gestionnaire, la politique est devenue affaire de posture et d’image personnelle. Nous avons besoin d’un retour au réel où les mots ont un sens, où la réalité n’est pas édulcorée par un politiquement-correct qui amène à des contre-vérités. L’opinion publique attendait peut-être cette loi mais ne soyons pas naïfs ce n’est pas une lessive qui laverait plus blanc que blanc qui permettra de retrouver le sens du politique !

Enfin j’dis ça, j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le 8 juin 2017

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