En mars 2013, le scandale n’avait pas vraiment fait la une des journaux, mais les réseaux sociaux avaient suffisamment bruissé pour que le Lutétia renonce. Le grand hôtel de luxe parisien, qui a l’habitude de louer ses salons à des colloques et des conférences, n’était pas très regardant sur ses clients. L’argent n’a pas d’odeur et encore moins de morale, alors quand il s’agit d’une clinique américaine de fertilité le Lutétia n’y a pas vu le mal.

Mais c’était sans compter les militants anti-GPA qui eux savent bien que toutes ces entreprises cherchent des clients en manque d’enfants. Car buisiness is buisiness et celui des mères porteuses est extraordinaire.

Qui peut laisser ces couples en mal d’enfant souffrir l’absence de descendance ? Qui peut ne pas permettre à ses couples en mal d’enfants de bercer un beau bébé ? Et si cela permet de gagner des dollars, quel mal y a-t-il ?

Le marché de la procréation est sans limites car les parents d’intention sont prêts à mettre toutes leurs économies et même plus pour avoir un bébé. C’est un marché porteur promis à une croissance de 4,4% par an entre 2016 et 2023 pour atteindre les 31,4 milliards de dollars en 2023.

Le marché français est un marché très convoité. Certes la France n’a pas légalisé les mères porteuses, mais la circulaire Taubira autorise et facilite la retranscription sur l’état civil français des enfants nés de GPA à l’étranger. La brèche ainsi introduite dans la législation française est une aubaine pour des entreprises comme Surrogacy : une demande importante, une offre inexistante… Il leur suffit donc d’aller à la rencontre du client et de mettre en œuvre le processus aux Etats-Unis. C’est ce qui aurait dû se passer au Lutétia en mars 2013. La GPA est interdite, sa publicité aussi, mais pas l’information, comme l’avait rappelé, à cette occasion, l’avocate, Caroline Meccary : « Une réunion d’information n’est pas illégale en tant que telle, quel que soit son sujet ».

Selon l’article 227-12 du Code pénal, ce qui est illégal c’est le fait de s’entremettre entre une personne ou un couple désireux d’accueillir un enfant et une femme acceptant de porter en elle cet enfant en vue de le leur remettre. Mais le Fertility Centers of Illinois est un rusé : il ne s’était pas présenté comme un vulgaire entremetteur commercial. Cette réunion était une réunion de présentation des différentes aides à la procréation. Les sujets allaient donc du don d’ovocytes au recours aux mères porteuses. Et comme le don d’ovocytes est autorisé, en France, depuis 1994, difficile de savoir quelles seraient les attentes des couples présents et plus encore de prouver que l’entreprise irait avec certains couples jusqu’à la signature d’un contrat de gestation pour autrui.

La révolte sur les réseaux sociaux des militants contre la GPA a eu son petit effet. Par peur d’une manifestation, la fameuse réunion de mars 2013 a été annulée.

Depuis, les Surrogacy et autres compagnies ont affiné leur conquête du marché français. Plus de réunions annoncées publiquement. La discrétion est de mise et les entreprises ne sont pas prêtes à abandonner une seule GPA qui leur rapporte entre 80 000 et 120 000 dollars. Maintenant les couples prennent contact avec les entreprises directement sur internet et les rendez-vous se font discrètement après plusieurs échanges par mail et même par Skype pour éviter toute infiltration. Les rendez-vous se font secrètement quand les entreprises se sont assuré que la démarche des couples est bien sérieuse et financièrement fiable.

Il suffit de taper GPA sur le grand moteur de recherche pour savoir à quelle porte frapper. Les liens commerciaux sont éloquents. La grande entreprise de procréation Surrogacy apparaît, avec même sa déclinaison en France. En arrivant sur le site, la possibilité d’obtenir un dossier qui explique tous les pays où vous pouvez faire votre process de GPA et une petite icône de chat avec Olivier qui se présente comme mon assistant familial personnel et qui se propose de me téléphoner pour m’aider à trouver la solution la plus adaptée à mon besoin. A aucun moment il n’est question de contrat avec argent, la loi est respectée !

L’entreprise Canadian Medical Care a, elle, un site à l’adresse bien éloquente : www.lagestationpourautrui.fr . Un site en français, avec un nom de domaine bien français…

Le maintien de l’interdiction de la GPA en France est bien insuffisant pour éviter que les Français n’y aient recours. L’association Juristes pour l’Enfance le sait bien, elle qui se retrouve régulièrement dans les prétoires pour lutter contre l’extension inexorable du marché de la GPA en France. Dans En rouge et noir, Aude Mirkovic nous raconte ce combat. Un roman plus près de la réalité que certains dossiers d’investigation, deux héroïnes qui dans la vraie vie sont encore plus tenaces…

En rouge et noir, est le livre qu’il faut lire pour comprendre les enjeux financiers immenses que la GPA génère et l’âpreté du combat qui manque encore trop de combattants.

Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

http://editionscholae.fr/produit/en-rouge-et-noir-roman/

Chronique de Clotilde Brossolet

Diffusé sur Radio Espérance le 14 décembre 2017

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