Vendredi dernier, Miss numéro 3, celle qui est en moyenne section de maternelle est rentrée de l’école avec un mot. Il ne s’agissait pas de la coopérative scolaire ou de la prochaine sortie en forêt, il s’agissait de la fête des mères. Tiens-toi bien, cher auditeur, dans l’école de Miss numéro 3, les élèves ne feront aucun cadeau pour la fête des mères et pour la fête des pères…

Cette décision votée en conseil des maîtres était expliquée par le fait que ces fêtes relèvent de la sphère familiale. La phrase semble claire : cloison étanche entre la famille et l’école… A l’heure où toutes les politiques éducatives cherchent à faire entrer les parents dans l’école et à accroître les relations entre les parents et les enseignants, voici que l’école de Miss numéro 3 établit une barrière !

Paradoxe ? Contradiction ?

Une petite discussion avec la maîtresse et l’argument de la fête à caractère familial s’effrite. « Vous comprenez, l’année dernière certains enfants n’ont pas pu donner leur cadeau le jour précis de la fête des pères. » Derrière l’argument, se cachait donc un autre argument : celui de ne pas blesser les enfants du divorce. En 2017, l’école de Miss numéro 3 découvre la souffrance des enfants du divorce… Comme si c’était nouveau ! Comme si toute la vie ne rappelait pas aux enfants que leurs parents étaient séparés…

Je suis bien triste car Miss numéro 3 se voit privée du plaisir de bricoler un collier de nouilles, de modeler un cœur en pâte à sel, d’imprimer sa main en peinture bleue sur un poème… Miss numéro 3 n’aura pas la joie de rentrer en cachant son cadeau dans la poche de son manteau, elle n’aura pas le plaisir de glisser son cadeau dans sa commode entre ses chaussettes pour les cacher des yeux maternels et elle n’aura pas le bonheur de voir l’émotion de sa maman, le dimanche matin au saut du lit, quand elle serait arrivée souriante en hurlant à 7heures du matin « Bonne fête maman ! »

Je suis triste pour Miss numéro 3 car elle sera privée de la joie de donner. Je suis triste pour Monsieur le Père qui lui aussi sera privé, comme moi, de la joie de recevoir un cadeau de notre petite frisée.

Quand j’étais en maternelle, j’avais bien des camarades de classe qui avaient perdu leur mère ou leur père, qui avaient des parents divorcés et qui trop souvent ne voyaient plus leur père. Mais à cette époque, il semble que les maîtres et les maîtresses savaient encore comment présenter la fête des mères et la fête des pères pour ne pas blesser les enfants en mal d’un parent. Nos enseignants auraient-ils perdu les mots pour apaiser les peines ? Et puis, cher auditeur, même si l’école ne joue plus le jeu, la société entière, elle, profite de l’occasion pour vendre et les murs de nos villes vont se couvrir de références à la fête des mères. Les parfumeries, les bijouteries, les magasins de vêtements n’ont pas la même délicatesse… J’ose penser que lorsque la fête des mères était préparée à l’école, les maîtres et les maîtresses savaient trouver les mots pour apaiser le manque que notre société de consommation rendait si criant.

Mais aujourd’hui pour les élèves de l’école de Miss numéro 3, c’est fini : pas un seul enseignant ne parlera d’une grand-mère, d’un oncle proches à qui le cadeau pourrait être adressé en l’absence d’une maman ou d’un papa ; pas un seul enseignant ne cherchera les mots pour apaiser la douleur de l’absence quand toute notre société fêtera les mères et les pères.

Si je creusais, je crains que la peur de blesser les élèves ne soit qu’un faux argument… Je ne peux m’empêcher de voir dans ce refus de préparer en classe la fête des mères et celle des pères, l’influence d’un enseignant très sensible aux discriminations sexuelles. Le lobby LGBT ne peut supporter ces deux fêtes qui rappellent que l’enfant nait de l’altérité entre un homme et une femme. Cette fête sent la naphtaline conservatrice, elle nie la diversité des familles…

Même si les ABDC de l’égalité n’ont jamais été mis en place, les enseignants ont tous subi le lavage de cerveau de la lutte contre les discriminations sexuelles. Chaque formation commence par ce temps de culpabilisation où il leur expliqué que c’est par eux que commence l’oppression des hommes sur les femmes : en classe, les professeurs passent plus de temps à interroger les garçons, les filles ne sont pas assez orientées vers les voies scientifiques, les filles se cantonnent, inconsciemment, aux filières littéraires ou du soin à la personne. Car vois-tu cher Auditeur, tout cela, c’est bien de la faute des enseignants qui ont dans leur inconscient une image réactionnaire de la femme et de la famille…

Quelle est la véritable raison de cette décision prise par le conseil des maîtres ? Je ne le saurai jamais. La seule chose dont je suis certaine, c’est que dimanche 28 mai, nombreux seront les enfants qui n’iront pas réveiller leur maman avec le sourire aux lèvres des enfants qui vont gâter celle qui leur a donné la vie, celle qui, la nuit, se lève pour apaiser les cauchemars. Car le cas de l’école de Miss numéro 3 n’est pas unique.

Les enseignants veulent peut-être contribuer à habituer les enfants au fait qu’il n’y a plus ni mères, ni pères mais moi, je ne peux m’y résoudre. Alors lundi matin, Miss numéro 3 offrira un cadeau à sa maîtresse car celle-ci a la chance d’être mère et que même ses petits élèves peuvent l’honorer pour cela !

Enfin, j’dis ça, j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le 18 mai 2017.

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