Grande première ! Cette année la journée de la jupe est devenue nationale : quatre organisations lycéennes s’associent pour combattre le sexisme. Voici donc nos élèves de lycée qui se lancent dans la dénonciation des inégalités salariales, d’accès aux postes de direction, ou de partage des tâches domestiques mais aussi des phénomènes comme le harcèlement de rue… Et quoi de mieux pour lutter contre le sexisme et les inégalités hommes-femmes que de porter une jupe ?

Voici donc que vendredi dernier, certains garçons sont venus en classe en jupe avec pour objectif de briser un symbole associé à la femme mais également de provoquer des débats.

On ne peut pas dire que cette journée ait eu un immense succès, les cours de récréations ne sont pas remplis de grosses jambes poilues. Quelques établissements, où ces organisations sont très implantées, ont joué le jeu sous le regard bienveillant des équipes éducatives en manque de carnaval. Certaines académies comme celle de Dijon, ont, elles, soutenu l’initiative. A l’heure où l’école n’est pas vraiment en forme, nos recteurs d’académie ont dû se dire que cette histoire de journée de la jupe améliorerait certainement notre classement dans les études PISA !

Le même jour, le Parisien titrait : « Paris, des femmes victimes, de harcèlement, dans les rues du quartier Chapelle-Pajol ». Des femmes, de ce quartier de l’est de Paris, se plaignent, par le biais d’une pétition, de ne pas pouvoir se déplacer sans essuyer des remarques et des insultes de la part des hommes. L’article évoque « plusieurs centaines de mètres carré de bitume abandonnés aux seuls hommes, et où les femmes n’ont plus le droit de cité. Cafés, bars, restaurants leur sont interdits. Comme les trottoirs, les bancs et les squares. »

Et moi d’imaginer, nos jeunes lycéens, venir, en jupe, sur les trottoirs du quartier parisien pour dénoncer ce sexisme de plus en plus oppressant… Je me les imagine entrer dans les cafés pour expliquer que la femme est un homme comme les autres ou que les hommes sont des femmes comme les autres… Enfin, bref, qu’expliquer que le harcèlement de rue, c’est très méchant. La condition féminine devrait en sortir grandie, non ?

Le quotidien voudrait nous faire croire que le quartier parisien a changé de physionomie depuis un an, que le problème serait récent. Personne n’est dupe. La Chapelle est une zone de non-droit depuis des années, plaque tournante du trafic de crak depuis plus de 20 ans. Le quartier est un des plus pauvres de Paris, concentrant une forte population d’origine étrangère, concentrant des trafics en tout genre depuis bien longtemps. La réhabilitation de la Halle Pajol a attiré quelques bobos en manque de voisins populaires mais l’installation de son auberge de jeunesse, de sa bibliothèque, de ses salles de séminaires et de spectacles, de sa boutique design, sans oublier son épicerie américaine et son bar-restaurant concept, le tout éco-responsable n’est pas parvenue à embourgeoiser le quartier.

Mais il est vrai que la situation s’est dégradée dans la dernière année en raison de l’importance du nombre de migrants errant dans le quartier.

La réaction des pouvoirs publics est digne d’intérêt tant elle est naïve. La maire de Paris, Anne Hidalgo s’engage à renforcer les contrôles de police au cours de la journée et promet un plan d’actions spécifiques anti-discriminations envers les femmes. Une élue a même proposé d’agrandir les trottoirs.

L’existence de territoires interdits aux femmes n’est pas une légende urbaine. Il y a quelques mois, une amie sortant de l’Hôpital Bichat, lui aussi dans le nord de Paris, mais du côté de la Porte de Saint-Ouen, s’est vue refuser un café sous prétexte qu’ « Ici, on ne sert pas les femmes ! »

Que ce soit à Sevran, à La Chapelle ou encore à St Ouen, il ne s’agit plus d’un sexisme, résurgence d’un patriarcat à l’agonie mais bien d’une partition de notre territoire avec des quartiers entiers où la loi n’est plus cette de notre République mais celle des dealers, des trafiquants et des passeurs et où la culture est celle des fondamentalistes, tenants d’un islam politique qui chauffent à blancs les tentations identitaires. Une partition qui de sociale, devient ethnique, religieuse et sexuelle.

Oser dire cela, c’est prendre le risque de se voir accuser de racisme et d’islamophobie parce que « le sexisme n’a ni origine, ni couleur. » Mais refuser de voir cela, c’est prendre le risque de nier la spécificité de ce sexisme et de voir ses liens avec la délinquance et la criminalité et d’en mesurer la portée politique et culturelle.

Alors, oui, on peut agrandir les trottoirs et croire encore que le « vivre-ensemble est possible » si les autorités renoncent à nos valeurs les plus fondamentale comme l’égalité et le droit à la sécurité…

Mais tant qu’à faire pourquoi ne pas créer, dans ces quartiers des trottoirs réservés aux femmes parce qui si la France abdique devant la dissolution de son unité territoriale et culturelle, elle n’aura plus qu’à entériner des nouvelles formes d’apartheid et nos lycéens en jupe n’y pourront plus grand-chose.

Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le 25 mai 2018.

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