Je ne sais pas toi, mais, moi, je n’en plus ! Après un quinquennat pour rien, nous avons eu droit à une campagne pour rien ! Pour rien, en fait, pas vraiment… La campagne née dans les primaires s’achève dans la violence des manifestations du 1er mai et les invectives de l’ordre moral d’un prétendu camp du bien.

 

Le front républicain signe la défaite de la pensée politique.

Depuis plus d’une semaine, la campagne aurait pu se focaliser sur les questions de fond mais le discours « antifasciste » a interdit tout diagnostic social. La condamnation quasi-unanime du populisme ne peut pas prendre au sérieux la parole des électeurs en colère ou en désaffiliation. Nos élites médiatico-politiques restent aveugles aux revendications populaires et conservent leur posture de supériorité morale : l’Eglise de France se voit même accusée de ne pas avoir appelé à contrer la candidate du Front National…

C’est un système entier qui signe la défaite de la pensée politique. La question sociale, celle des flux migratoires, de l’insécurité culturelle, mais aussi celle du modèle économique et territorial sont remises au placard car le système joue sa survie.

 

Pourtant le débat aurait pu être passionnant car nous avons avec les deux candidats, non plus l’historique clivage gauche/droite mais un nouveau clivage, celui qui a pour nœud l’économie. Dans le contexte d’une économie qui crée de la richesse mais intègre de moins en moins et crée de plus en plus d’inégalités sociales, nos deux candidats apportent des réponses très différentes auxquelles le débat refuse de s’intéresser…

 

Nous avons été spoliés mais, dimanche, nous aurons à choisir.

Comme pour une grande majorité des Français, mon vote sera un vote par défaut. Emmanuel Macron et Marine Le Pen ne sont pas « catho compatibles ». La classe politique et médiatique est assez éloquente et prolifique sur le cas de Marine Le Pen. Mais sans verser dans cet antifascisme primaire qui interdit tout débat de fond, je note que sa conception de l’Etat est contraire au principe de subsidiarité. Sa méfiance à l’égard de l’islam la conduit à avoir une vision de la laïcité qui va au-delà de la neutralité et dérive vers un programme qui pourrait vite devenir anti-religieux. Le programme de la candidate du Front National ne se fonde pas sur la certitude que les citoyens doivent exercer leur action dans l’équilibre entre liberté et responsabilité. Son anthropologie est loin d’être celle que je défends.

 

Mais Emmanuel Macron, lui aussi, ne peut être le candidat des catholiques : il assume la mondialisation globalisante enracinée dans une économie libérale sans frein à la toute puissance financière. Le progrès, auquel aspire le candidat En Marche, est celui du technolibéralisme. Cette économie du numérique s’adosse à tous les instants de nos existences, veut connecter toutes les surfaces de nos vies : bref la marchandisation de tous les pans de l’existence humaine.

Aucun ne peut donc remporter mon adhésion et pourtant, sans reconnaissance du vote blanc, j’aurai à choisir car nous avons tous à exercer notre responsabilité.

Et s’il en revient à nous laïcs d’éclairer les questions temporelles, nous pouvons nous aider de la Note doctrinale de 2002 concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique ». Le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dresse une liste de « principes éthiques » qui « ne sont pas “négociables” », devant éclairer et encadrer l’action des chrétiens en politique : la protection de la vie ; la défense de la famille fondée sur le mariage homme-femme ; la liberté d’éducation ; la protection sociale des mineurs ; la libération des victimes des formes modernes d’esclavage ; une économie au service de la personne et du bien commun, dans le respect de la justice sociale ; la paix…

Alors si nous ne pouvons voter pour le mieux possible, votons pour le moindre mal, avec la conscience éclairée par le discours de l’Eglise.

 

Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée le 4 mai 2017 sur Radio Espérance.

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