Je ne sais, cher Auditeur, si mardi soir tu as eu le courage de regarder le débat présidentiel. Il n’est pas possible de dire que la priorité majeure des Français n’ait pas été abordée : le chômage était le premier thème autour duquel nos onze candidats ont eu à débattre.

Le chômage est bien une question centrale. Mais elle est insuffisante ! Comme si redonner du travail et permettre à chacun de consommer allait résoudre le malheur social dans lequel notre pays s’enfonce. Nous assistons à une communautarisation du peuple français. La fracture sociale se triple d’une fracture territoriale et ethnique.

La France périphérique, des ploucs qui se replient sur leur identité rance…

La politique diversitaire a appris le mépris de la majorité aux minorités, laissant sur le bas-côté ceux qu’Aymeric Patricot appelle les « Petits blancs ». Ils n’appartiennent pas à cette nouvelle bourgeoisie urbaine qui habite le cœur dentifié des grandes métropoles mondialisées. Ils n’appartiennent pas à ces nouveaux bastions de gauche qui prônent la construction européenne, la mondialisation et l’immigration. Ils ne sont pas courtisés par Anne Hidalgo, maire de Paris ni par Nathalie Kosciusko Morizet. Au Royaume-Uni, les Petits Blancs ont applaudi au Brexit, sans pour autant être allés voter, aux Etats-Unis, ce sont les Etats où ils sont majoritaires qui ont fait élire Donald Trump. Nos élites mondialisées, fortes d’une mondialisation où ils ont trouvé leur place et qui fait leur richesse, les prennent pour des ploucs, des beaufs qui se replient sur leur identité rance.

Le sentiment de ne plus appartenir au système.

Notre démocratie voit les citoyens se définir de plus en plus selon leurs origines ethniques et les Petits Blancs se sentent de plus en plus exclus, relégués dans cette France périphérique qui souffre des conséquences de la globalisation. Qu’ils habitent en banlieue ou à la campagne, ils ont le sentiment d’être les premiers à souffrir des plans sociaux, de la dégradation du monde du travail, que l’Education Nationale faillit à faire grimper leurs enfants dans l’échelle sociale.

Dans une France, qui selon la démographe Michèle Tribalat, poursuit le processus d’ethnicisation de la sa population, le Petit Blanc ne souffre pas uniquement de sa relégation sociale et territoriale, il souffre de l’insécurité culturelle.

Son sentiment de ne plus appartenir au système nourrit chez lui une certaine rancœur à l’égard des minorités ethniques par lesquelles il se sent menacé. Le petit blanc des territoires perdus de la République n’a pas les moyens de quitter la banlieue difficile.

Quitte à être méprisé, autant suscité le mépris.

Que peut-il répondre, quand dans une classe, le professeur demande à chaque élève d’où il vient ? A l’heure où plus personne n’ose affirmer que nos ancêtres sont les Gaulois, certains s’inventent des origines, adoptent les codes de la culture urbaine faite de hip-hop et de tags, essayent malgré leur couleur de peau de se fondre dans la masse des minorités, à l’image du chanteur Eminem qui pour faire sa place dans le monde afro-américain du rap, n’a pas hésité à jouer la carte du white trash.

Quitte à être méprisé, autant susciter le mépris. Le phénomène américain traverse l’Atlantique et certains Petits Blancs adoptent la figure excessive de la raclure blanche, du blanc dégénéré. Sous-catégorie sociale et ethnique, le white trash se complait dans les atavismes de ses origines : il se fait définitivement infréquentable et méprisable.

La politique culturelle, grande absente des programmes.

Certes tous les Petits Blancs, observés par Aymeric Patricot, ne flirtent pas avec cet excès mais ce blanc pauvre, qui prend conscience de sa couleur dans un contexte de métissage et se découvre aussi misérable que des minorités considérées comme moins bien traitées que lui est le grand méprisé de la politique multiculturalisme.

S’il n’était qu’abstentionniste, il serait simplement oublié mais il a parfois le malheur de voter et son vote aux extrêmes, surtout à droite, le rend définitivement infréquentable.

Il a beau, par ce vote, crier qu’il souffre, personne ne l’écoute : l’insécurité culturelle qu’il subit n’est que le fruit de son intolérance et de sa peur.

Dans cette campagne présidentielle, la France périphérique est l’angle mort des débats mais aussi des programmes. Les candidats savent qu’elle existe mais ils n’ont aucune réponse à lui apporter, à l’exception d’une hypothétique baisse du chômage et d’une diabolisation du Front National. Comme si le vote Front National en croissance constante n’était le résultat que d’une inquiétude fantasmée que la hausse du pouvoir d’achat saurait calmer !

Marine Le Pen au second tour des présidentielles substituerait au clivage gauche-droite, le clivage entre France périphérique et métropoles mondialisées, occultant la tribalisation de cette France périphérique.

Le temps est passé où la réponse n’aurait pu être qu’économique et sociale. Elle doit être culturelle… Malheureusement, aucun des candidats ne semble l’avoir compris. Il n’est donc pas étonnant qu’aucun n’ait un programme de politique culturelle.

Enfin, j’dis ça j’dis rien !

Clotilde Brossollet, Chronique diffusée sur Radio Espérance le 6 avril 2017.

https://player.radio-esperance.fr/?radio=antenne-principale&media=audio&option=reecouter&date=1491458423&id=333936

Share This