Le politique est en échec. L’année passée aura eu le mérite de le prouver à ceux qui auraient eu, encore, quelques illusions. Certains ont espéré une droite de conviction autour du paradigme mort-né d’un libéralisme conservateur… Certains ont cru qu’il était encore possible de changer les choses de l’intérieur. Mais le mal de nos institutions est si profond que c’est leur raison d’être qu’il faut interroger. Que peut-on encore sauver quand rien n’est à sauver ?

Mais la crise ne se résume pas à une crise des institutions, à un pouvoir qui n’aurait qu’à se recentrer sur ses actions régaliennes, négligées depuis longtemps. Notre société connait une crise plus générale, une crise de l’action civique. Le politique n’est plus capable de transformer l’Histoire et nous ne sommes plus qu’une masse d’individus dissociés, centrés sur nos droits individuels. L’action politique comme l’action civique sont devenues inopérantes et leur existence même est remise en question.

A l’image des Particules élémentaires de Houellebecq, nous sommes tous, chacun dans notre ligne, dans une course effrénée, plus proche de la fuite que de la quête. Notre course sans finalité se perd dans les méandres de nos désirs, devenus tous légitimes et légitimés tant qu’ils ne heurtent pas physiquement les autres.

Dans une société sans commun, nous avançons chacun le long de nos existences si vides de sens qu’elles en deviennent angoissantes. L’homme contemporain n’a plus que son angoisse existentielle comme limite. Le mouvement de complexification et d’extension infinie du monde est tel qu’il a tué toute action civique. L’alliance de la technique et du marché lui font perdre toute capacité à maitriser ce monde contemporain qui semble tourner à vide, dans un mouvement orwellien qui occulte toute humanité. L’homme contemporain qui s’est rêvé tout puissant, se réveille impuissant.

L’homme contemporain, du moins ses élites, se réfugie dans la négation du réel. Ne pas dire le réel reviendrait à ne pas le faire exister. Celui qui oserait poser une parole n’est qu’un empêcheur de tourner en rond. Le terrorisme est le fait déséquilibrés, l’identité sexuelle n’est qu’une donnée culturelle, le chômage sera résolu par le revenu universel… La liste est bien longue des nuages roses qui recouvrent une réalité bien crue et souvent violente. Celui qui oserait souffler le vent de la parole vraie appartient au camp de ceux qui troublent la tranquillité de l’homme contemporain réfugié dans les loisirs et l’hédonisme. La prophétie paralysante mais angoissante de Philippe Muray a été réalisée par les Parisiens : lutter contre le terrorisme dont nous devons taire l’origine ne se fait pas par les armes, la culture et la transcendance mais par le verre de bière bu en terrasse.

Aux antidépresseurs dont l’homme contemporain est si friand, certains voudraient ajouter les stupéfiants, les drogues douces pas les dures… Comme si la télévision et ses heures de cerveaux disponibles pour nous vanter les mérites d’une consommation illimitée, n’étaient pas suffisantes. L’homme contemporain noie son angoisse existentielle devant un écran qui à chaque instant lui rappelle que la guerre et la violence n’atteindront jamais son salon tant qu’il reste dans son canapé défoncé à manger ses plats surgelés devant la publicité d’un bout de viande glissé dans deux morceaux de pain bien mou arrosé d’un soda bien sucré.

L’homme contemporain ne se réfugie pas dans la naphtaline de sa grand-mère en se cachant dans les armoires d’un autre temps où la vie n’était peut-être pas rose avait le mérite d’être vivante. L’homme contemporain a oublié qu’il avait une grand-mère et qu’il venait de quelque part. L’homme contemporain n’a pas l’Histoire pour calmer son angoisse, il est sans racine.

L’homme contemporain se réfugie alors dans La possibilité d’une île, celle qui ne serait que luxe, calme et volupté. Mais il n’a pas lu le livre jusqu’à la fin, d’ailleurs l’homme contemporain ne sait plus lire et il ne sait donc pas que Daniel 1 se suicide. L’île refuge n’est qu’un leurre, qui n’a pour raison d’être que d’étouffer, là encore, l’angoisse existentielle en promettant un doux rêve.

Car l’homme contemporain est voué à la Soumission. Par facilité, par ignorance, parce qu’il n’en est plus capable, l’homme contemporain a perdu toute volonté, toute capacité d’agir…

Le constat est clair nous voguons gaiement, le verre de bière à la main, vers la mort, prophétisée par Michel Onfray, de notre civilisation. Est-ce inéluctable ? Je n’en suis pas certaine… il suffit simplement de savoir que faire ? C’est à cette question que le colloque Ichtus répondra le 18 novembre prochain.

Enfin, j’dis ça ; j’dis rien !

Chronique de Clotilde Brossollet

Diffusée le 19 octobre 2017 sur Radio Espérance

 

Catholiques en Action 2017

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